Avec son style ressemblant à une oeuvre en pâte à modeler, son animation toute ronde, en opposition avec les angles de la ville et de certains environnements, L'Odyssée de Céleste semble a priori destiné au jeune public. Oui. Mais pas que.
Car il parlera aussi aux adultes qui n'ont pas oublié leur part d'enfance. Celle des désirs de devenir cosmonaute et, en attendant, de se faire offrir un télescope pour voir les étoiles et surtout au-delà. Celle de l'imagination d'un futur idéal un peu naïf.
Kid Koala anime ainsi toute une poésie désarmante comme celle des rêves d'enfants. Il anime tout un monde par la seule force de l'image, du silence des mots, à l'instar de Mon Ami Robot, et d'une musique hybride teintée d'électronique, d'ambiance jazz et de classique joliment revisité.
Il anime une complicité et une bienveillance : comme pour le personnage d'Iris dans le très récent Arco, Céleste, avant son odyssée, ne dispose que d'un robot-nourrice depuis la disparition de sa mère, matrice de sa passion et de ses aspirations. Un robot tout rond, pas le plus évolué mais à coup sûr le plus dévoué. Qui déploie ses talents le temps d'une attendrissante battle d'origami dans un diner figé en pleine années cinquante.
La séparation de ces deux-là est animée de toute la réalité tangible de nos vies. Car on doit nécessairement vivre nos propres aventures et faire face seul aux embuches se dressant sur notre parcours. Tandis que ceux qu'on laisse derrière nous se rappellent. A l'image de ce petit robot tout rond, qui souffre comme une vraie maman du syndrome du nid vide, essaie de se découvrir artiste mais, surtout, revit chaque petit souvenir de l'enfance de sa petite protégée.
Autant de moments de grâce et de beauté de ces touts petits instants précieux, qui portent en eux une drôlerie discrète, un rythme apaisé et serein et cet aspect toujours vif des au revoirs. A travers cette petite fille qui grandit et ce robot tout rond et terriblement humain, c'est toute une relation à l'écran qui se construit, d'abord intime, puis distendue et marquée par le manque de l'autre. Ce sont les idées de construction de soi, de permanence illusoire, de mémoire et de transmission qui sont explorées, toujours à hauteur d'enfant, avant de leur faire comprendre qu'il est nécessaire de laisser certaines choses derrière soi.
Il y a des films qui vous font l'effet d'une bulle d'enfance, aussi magnifique que fragile. L'Odyssée de Céleste fait assurément partie de ceux-là. Et à l'évidence, Kid Koala fait partie de ces artistes sachant tant l'illustrer avec délicatesse que la préserver.
Behind_the_Mask, qui a un peu de mal avec son noeud-papillon magnétique.