Quel est l'intérêt de faire un remake en western de "Rashomôn" (un film pour lequel j'ai un rapport d'amour/haine) ? Je vais avoir du mal à répondre, car cela fait trop longtemps que je n'ai pas vu l'original. Je vais simplement noter ce que j'ai vu.
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Donc, un pasteur, un escroc et un fermier se retrouvent sous la pluie dans une gare, et se raconte la grande affaire du jour : la veille, un couple nouvellement marié a été attaqué par un bandit de grand chemin, Carrasco. Ce dernier a ligoté le mari et a violé sa femme sous ses yeux, puis le mari a été poignardé. Mais les versions diffèrent : Carrasco, à son jugement, se sachant condamné, raconte qu'il a accepté un duel d'honneur au révolver, puis au couteau, au cours duquel il a tué le mari. La femme, pour sa part, raconte avoir sauvé son mari en ne résistant pas à Carrasco, mais que le regard de mépris de son mari l'a poussé à le poignarder. Un chef indien, qui aurait trouvé le corps du mari expirant, raconte pour sa part que le mari, voyant sa femme partir de bon coeur avec Carrasco, se serait supprimé, mais que le couteau n'était plus sur place, ce qui est étrange.
Devant ces versions discordantes, le fermier qui a trouvé le corps avoue en savoir plus. Pour lui, la femme a forcé les deux hommes à se battre en duel, sous le coup de son déshonneur. Les deux adversaires n'étaient pas très résolus, mais par accident, le mari a trébuché en tombant sur le couteau.
Mais l'escroc le démasque : c'est lui, le fermier, qui a volé le couteau pour le revendre. Nos trois amis trouvent un bébé abandonné, et tirent la morale : chacun ne retient de la vérité que ce qui l'arrange.
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Un conte philosophique, c'est suffisamment rare dans le cinéma américain, notamment le western, pour être signalé. Et le décalque est si évident que même sans avoir lu le synopsis, j'ai tout de suite senti quelque chose d'étrange, puis ai pensé à "Rashomon" à la dixième minute.
Alors il y a sans doute plus de violence, de bagarre que dans l'original japonais, et quand on est habitué de la violence d'Hathaway ou d'Anthony Mann, on trouve cette violence un peu lisse.
Par contre, et ce n'est pas rien, la photographie est assurée par l'incroyable James Wong Howe, soit un noir et blanc très marqué, avec quelque chose de velouté ; sensuel mais pas voluptueux, c'est difficile à définir, mais ça accroche l'oeil.
Je crois que ce qui me gêne toujours un peu dans "Rashomon", c'est cette frontalité dans le renversement des stéréotypes. Oui, une femme qui vient de se faire violer n'est pas forcément exempte de reproches. C'est brut de décoffrage, c'est la vraie vie et c'est quand même dur à avaler. Comme dans le film d'origine, bien sûr, on ne voit quasiment rien du viol, et c'est tant mieux.
Mais c'est difficile à retenir au bénéfice du film, tant tout est destiné à servir l'histoire, le propos. Et si j'étais au départ, je l'avoue, peu enthousiaste, je retrouve la même intelligence que dans l'oeuvre d'origine. Mais le film américain a peut-être un peu moins d'ambiguïté, il y a sans doute moins de perte des repères que dans l'oeuvre d'origine.