En 2044, les émotions humaines ont été prohibées. Pour les faire disparaître, Gabrielle doit replonger dans ses vies antérieures.
Le dernier opus cinématographique de Bertrand Bonello, sobrement et inexplicablement intitulé La Bête, s'avère une proposition d'une ambition intellectuelle et d'une audace formelle des plus stimulantes, même si son hermétisme narratif peut initialement dérouter le spectateur moins averti, ne dévoilant qu'avec parcimonie les tenants et aboutissants de ses séquences énigmatiques. Au sein de cette construction labyrinthique, Léa Seydoux irradie d'une présence magnétique et d'une virtuosité interprétative hors pair, incarnant avec une maestria confondante la complexité d'une protagoniste féminine traversant les âges et les époques avec une intensité émotionnelle palpable.
Le film déploie une réflexion ambitieuse et profondément pertinente sur l'essor inexorable de l'intelligence artificielle et ses implications existentielles pour l'humanité, esquissant une dystopie d'une froideur clinique et d'une glaçante plausibilité. Cette exploration thématique, loin des clichés habituels du genre, interroge avec une perspicacité déconcertante les limites de la conscience, la nature de l'empathie et le devenir des sentiments humains dans un futur potentiellement déshumanisé. Bref, ce métrage constitue ainsi une œuvre exigeante mais ô combien fascinante, qui persiste durablement dans la rumination intellectuelle du spectateur bien après le dénouement de sa projection.