Chantal Akerman est convaincante pour nous dire, à travers ce film, que l’osmose totale du couple est impossible. Ariane/Sylvie Testud consent à tout avec son compagnon. Elle semble se laisser épier, surveiller, utiliser, sans, à priori la moindre réaction. Du coup, cela exacerbe la quête incessante de lui. Elle lui échappe encore plus. Inaudible par moment, inaccessible tout du long, les incessants interrogatoires de son compagnon semblent ne jamais l’atteindre. Est-ce sa manière de se protéger ? Comme si son corps était détaché de son âme. Nous y voilà : lui, aimerait entrer dans ses pensées et la posséder entièrement. Cependant sa manière de le faire frise l’obsession voire le harcèlement. Un couple toxique? Un couple pas spécialement passionnel, à les voir à l’écran. N’obtenant aucune confession de sa part à elle, il tente d’approcher un couple de filles et leur demande si c’est pareil entre elles, s’il est possible qu’Arianne l’aime, lui, malgré tout. Leur réponse ne va pas répondre à sa question et même va semer encore plus le doute dans son esprit. Il plonge dans une sorte de jalousie paranoïaque virulente. Pour comprendre sa dulcinée, il ira même jusqu’à se faire balader par son chauffeur, dans un endroit « chaud » de Paris, acceptant qu’une prostituée monte à ses côtés et joue l’endormie, afin de vérifier si son désir pour Ariane, souvent lorsqu’elle est endormie, et donc disponible et à priori sans défense, est valable auprès d’une autre femme. Et non, il l’a rémunère et lui dit de partir presque aussitôt . Quelques jolis plans sur nos deux tourtereaux, en voiture décapotable, de dos, se dirigeant vers l’Obelisque, avant de quitter Paris pour la campagne. On respire un peu plus. Cela sera de courte durée parce que dans la voirure il continue inlassablement à interroger Ariane : «Es-tu heureuse avec moi?», « oui », lui répond -t-elle. « Nous allons nous séparer » lui dit-il à cela, elle répond machinalement, tout en continuant de chercher les clefs de la maison où ils viennent d’arriver « oui ». Ils repartent en direction de la mer, arrivent à Biarritz ne profitant même pas de l’océan que l’on entend se soulever, de l’intérieur de leur chambre d’hôtel. Un repas commandé pour un repas en amoureux. La flamme ravivée ? Pas vraiment. Ariane restera impénétrable jusqu’à la fin, inaccessible. Film sombre, proustien à souhait.