S'il ne s'agit pas du film le plus marquant de Paul Verhoeven, 'Flesh+Blood' introduit déjà toutes les thématiques qui signeront les films du maître : une violence sans filtre, des personnages féminins forts, et des retournements de situation en cascade.
Pour ce faire, la période barbare du Moyen-âge européen offre au réalisateur un terrain de jeu rêvé. De la trogne des acteurs à la bêtise des personnages en passant par les guerres, pillages, viols et fêtes alcoolisées qui rythment le quotidien de la bande de mercenaire qui nous intéressent, l’œuvre offre une immersion répugnante mais fascinante dans une période sombre de l'humanité. L'imagerie du film ne parvient pas au niveau de 'Hard to be a God', mais dans le contexte du kitsch des années 80, 'Flesh+Blood' représentait sans aucun doute une révolution visuelle, ne serait-ce que par la scène du coup de foudre sous des cadavres en décomposition.
La patte du réalisateur néerlandais est évidemment reconnaissable dans le récit. Comme dans son chef d’œuvre 'Zwartboek', le réalisateur dépeint un portrait survivaliste et égoïste de l'humanité, où tous les coups sont permis pour survivre et régner. Mais le procédé apporte cette fois un effet secondaire inattendu : la mise en place d'un triangle amoureux passionnant. Jennifer Jason Leigh est une princesse opportuniste à la conception perverse du romanesque, Rutger Hauer campe un brigand animal, rustre, ambitieux, mais tendre amant, tandis que Tom Burlinson incarne un prince charmant savant qui renonce à ses principes humanistes quand sa fierté est blessée. La joute entre ces trois caractères qui ne savent pas ce qu'ils veulent est savoureuse et le final enchaîne les retournements de situation, presque jusqu'à l'excès.
A cela s'ajoute l'humour et la fantaisie grand public du réalisateur, qui introduit des machines de guerres que n'aurait pas renié Léonard De Vinci, un prêtre empalé par son propre saint, des évasions rocambolesques, etc. Tout cela fait de 'Flesh+Blood' un divertissement irrévérencieux réussi qui annonce les succès de 'RoboCop' et 'Total Recall'.