Il y a une manière de filmer l'été qui tient moins de la saison que de l'état, un temps suspendu où la peau brûle plus vite que la conscience n'avance. "La Chaleur", adapté du roman de Victor Jestin, choisit cette voie-là, celle du dépouillement plutôt que de l'abondance solaire. Demoustier sait qu'il arrive après une longue lignée de cinéastes de la vacance, un sous-genre français des films de "plage", et c'est précisément en refusant l'héritage qu'il s'en approche le mieux. Image granuleuse, presque amateur, comme si le film lui-même transpirait.
Marouane, adolescent taiseux perdu dans un camping landais, porte en lui cette gaucherie qui n'est pas timidité mais empêchement, un corps qui n'a pas encore trouvé sa langue. Face à lui, Noé, boute-en-train pataud et increvable d'optimisme, incarne l'envers exact. Tout en discours, en stratégie, en désir affiché. Le duo, d'abord comique dans sa dissonance, bascule sans prévenir vers autre chose lorsqu'un geste de trop précipite un jeune inconnu dans la mort. À partir de là, le film change de nature : le récit picaresque de vacances devient hantise, et le sable qui recouvre le corps devient la métaphore la plus littérale et la plus juste du film, on enterre ce qu'on ne sait pas nommer.
Ce qui frappe, c'est que Demoustier ne cherche jamais l'effet. La culpabilité de Marouane n'est jamais jouée en gros plan tragique, elle infuse plutôt chaque scène comme une chaleur justement , sourde, continue, jamais spectaculaire. Et lorsque Giulia apparaît, incarnation presque trop parfaite d'un désir inaccessible, le film ne cède pas non plus au fantasme facile, leur histoire est aussi brève que déséquilibrée, et c'est cette brièveté qui la rend juste. On ne filme pas ici une romance, mais un passage, celui où l'on meurt un peu à soi-même pour renaître ailleurs, autre, plus lourd d'un secret qu'on portera longtemps.
Le vrai sujet du film, au fond, n'est pas la mort d'Oscar, mais ce qu'elle révèle : l'adolescence comme zone trouble où l'innocence et la faute cohabitent sans se distinguer clairement. Demoustier filme cette ambiguïté avec une économie de moyens qui force le respect, pas de musique appuyée, pas de dialogue explicatif, juste des corps qui cherchent leur place entre le sable, l'eau et le silence, - non sans rappeler "Mektoub my Love" de Kechiche -, mais davantage un cinéma de la retenue qui, pour une fois, ne trahit pas son sujet.
Mais gros bémol pour la fin du film, les aveux de Marouane, avec cette phrase en voix-off assez maladroite, comme s'il n'y avait vraiment pas moyen de clore le sujet du film.