Soudain
7.6
Soudain

Film de Ryusuke Hamaguchi (2026)

Il y a dans "Soudain" une ambition douce et obstinée , transplanter la langue morale de Hamaguchi, ce Japon intérieur fait de paroles lentes, de silences habités, de réconciliations patientes. Nous sommes dans un EHPAD parisien, où deux femmes, l'une japonaise, l'autre française, se parlent chacune dans la langue de l'autre. Le geste est beau. Le résultat, lui, oscille entre l'acrobatie réussie et la chute dans le miel.

On retrouve avec plaisir la signature du cinéaste, cette caméra qui sait tenir un groupe sans jamais écraser un visage, ces longues conversations qui dérivent vers l'essentiel sans qu'on sache exactement à quel moment on y est entré.
Une discussion nocturne sur le capitalisme, théorique et vibrante, rappelle les meilleurs moments de "Drive My Car"(2021). Une séquence théâtrale avec un enfant autiste surgit comme une grâce, ce type d'accident heureux que le réalisateur sait capter mieux que personne.
Mais quelque chose résiste, ou plutôt, ne résiste pas assez. Dans ses films précédents, la parole était aussi un instrument de friction, d'excavation du négatif. Les personnages se blessaient en cherchant à se comprendre. Ici, Marie-Lou et Mari glissent l'une vers l'autre sur une surface immaculée. Le concept d'« humanitude » qui structure le récit, philosophie du soin fondée sur la bienveillance radicale, aurait pu être soumis à l'épreuve du scepticisme, voire de l'ironie. Hamaguchi choisit au contraire d'y adhérer pleinement, avec un premier degré trop évident.
Ce pari n'est pas sans noblesse. Mais à force de clarté, de morale et de lumière (la photographie d'Alan Guichaoua baigne tout dans une blancheur bienveillante), le film finit par escamoter ce qu'il prétend regarder en face : la maladie, le vieillissement, la résistance du corps à toute philosophie. Marie Bunel, en infirmière récalcitrante, porte presque à elle seule le poids de cette rugosité absente. Elle est le grain de sable qui rend le film respirable, et qui rappelle, par contraste, combien le reste manque de frottement.
Soudain est un film généreux jusqu'à l'excès, habité par une foi sincère en la capacité des humains à se rejoindre. On ne saurait lui reprocher cela. On peut seulement regretter que le réalisateur pour la première fois, ait semblé vouloir nous épargner.

Radiohead
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le 26 mai 2026

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Radiohead

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