Stéphane Demoustier s'est imposé en trois films comme un des noms du paysage cinématographique français. Et, avec L'inconnu de la grande arche, il était passé dans la catégorie supérieure niveau budget. Étonnant donc de le voir revenir avec ce thriller estival qui visiblement n'a pas coûté grand chose, sans têtes d'affiches et sans passage dans un festival majeur (son avant première mondiale s'est tenue au festival de Biarritz, pas le must du must donc...). Demoustier étant devenu assez connu pour susciter l'intérêt uniquement avec son nom sur l'affiche, le film fait quand même (un peu) parler de lui. Celui qu'on voyait bien devenir le roi du cinéma français dans les prochaines années part donc en vacances, avec une œuvre touchante mais inégale, aux airs presque troublants de premier film.


Nous voici donc au pays du thriller ensoleillé semi-naturaliste, un genre que Demoustier a déjà exploré, avec bien plus de réussite, dans Borgo, qui fait sans aucun doute partie des films français importants de ces dernières années. Inutile de le préciser, mais on est ici bien sûr pas à ce niveau. Sa mise en scène est toujours aussi élégante et stylisée, par exemple quand il isole ses personnages avec des plans larges d'une beauté indéniable. Il s'attache surtout, avec une sensualité réussie, à capter les émois et atermoiements des adolescents qu'il filme. Même si les dialogues ne sont pas à la hauteur, il capte la réalité de cet âge (j'en sais quelque chose) avec une véracité assez confondante. D'un côté les semis-beaufs musclés, prompts à l'alcoolisme et hétéronormés qui dominent la vie festive du camping, de l'autre l'intello mal dans sa peau et qui ne sait pas quoi faire de sa sexualité. Un milieu, même provisoire, qu'on ne peut pas vraiment qualifier de safe place donc, à tel point qu'il semble difficile d'y assumer son homosexualité.


Aucun personnage de jeune n'est vraiment attachant, et surtout pas le personnage principal qui contient en lui une vraie part de trouble. Aucun à part l'italienne bien sûr (c'est vraiment comme ça qu'elle est caractérisée) dont la maturité semble tout de même assez incomparable à celle des ses collègues, à tel point qu'on se demande comment elle peut s'intéresser à un protagoniste qui pourrait quand même lâcher un sourire de temps en temps. À cet aspect film de vacances un peu sombre s’additionne un thriller que l'on pourrait qualifier de chill, avec une importance très ludique donnée aux objets que transporte le personnage : une puff, un téléphone, une sacoche, comme autant d'indices qui deviennent presque des personnages secondaires tant une partie du scénario semble tourner autour d'eux. La question du téléphone perdu par le protagoniste revient en boucle comme une obsession du destin. Les éléments de pression autour du personnage sont mis en place de manière assez ludique, mais ne répondent pas vraiment au reste de l'histoire. C'est là que se trouve quand même le vrai problème du film : on ne comprend pas vraiment ce que cet "homicide involontaire" vient faire au milieu d'un film de vacances, qui est aussi, mais comme tous les bons films de vacances, un récit d'apprentissage.


Un peu dommage donc que Demoustier vienne imposer un polar alors que le film réussit totalement son récit d'une ambiguïté maitrisée sur les atermoiements des teenagers français d'aujourd'hui. Reste l'impression qu'il a tout de même réussi à saisir quelque chose de la jeunesse d'aujourd'hui.

fasteiditaur
7
Écrit par

Créée

le 15 juil. 2026

Modifiée

le 27 juil. 2026

Critique lue 1 fois

La Chaleur

La Chaleur

10

Pierre-Alcorette

le 1 juil. 2026

Suivre

Une formidable tension portée par un héros au charisme mutique

Stéphane Demoustier revient avec un long métrage surprenant, détonnant de son précédent film, L'Inconnue de la Grande Arche, notamment par les moyens qu'il emploie (le réalisateur évoquait en itw un...

La Chaleur

La Chaleur

1

Youss2Couette

le 8 juil. 2026

Suivre
Dernière modification

le 8 juil. 2026

Rien à sauver

Si c'est pas le pire film français de l'année et de celle d'avant et de celle d'avant et de celle d'avant, il est au moins top 3 sans forcer.La canicule vous fera moins souffrir que ce film.Tout...

La Chaleur

La Chaleur

4

FranG1909

le 27 juin 2026

Suivre

Gros coup de chaud

Après « L’Inconnu de la grande arche » que j’avais beaucoup apprécié, j’avais une assez grande attente concernant le nouveau film de Stéphane Demoustier, « La Chaleur ». L’intrigue se situe en été...

L'Odyssée

L'Odyssée

8

fasteiditaur

le 27 juil. 2026

Suivre

Ulysse le pacifiste

Christopher Nolan est le roi incontesté d'Hollywood. Villeneuve, Gunn et Spielberg peuvent faire ce qu'ils peuvent, leurs nouveaux films ne provoquent jamais autant de hype que l'annonce de la sortie...

L'Âge d'or

L'Âge d'or

8

fasteiditaur

le 30 août 2026

Suivre

Une vie en archive

L'argument de vente de L'âge d'or, ce qui est sensé faire l'originalité et l'intérêt de ce premier film, c'est son utilisation des images d'archive. Il est possible que le film ait été conçu comme un...

Le Journal d’une femme de chambre

Le Journal d’une femme de chambre

4

fasteiditaur

le 26 août 2026

Suivre

Carnets d'un misanthrope

Jusqu'ici, ma seule expérience avec Radu Jude, réalisateur roumain porté aux nues par une bonne partie des franges les plus exigeantes de la critique contemporaine, se limitait au demi-visionnage en...