À contrecourant : chronique d’un malaise

Marouane, incapable de se voir comme un jeune homme beau, désirable, aimable, se laisse aller au flux et au reflux – non des vagues (il est bien le seul à ne pas se baigner sur cette plage où se déroule l'essentiel du récit), mais des relations avec ses potes, sa famille, les autres personnes du camping où il passe ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur. À contrecourant presque toujours, il semble porter, outre le sien propre, le malaise de tous ceux – ados et adultes – qui le dissimulent derrière les proclamations, l'alcool, le « fun » de la plage, du son, du sexe…


Marouane, lui, s’il cache bien un cadavre, ne cache pas son malaise : il semble l’exhiber même, comme sa carapace – ce teeshirt qu’il garde constamment sur lui. Amateur de musique classique et s’apprêtant à entrer à l’université pour des études de musicologie, il est aussi peu enclin au discours et aux comportements obligés, en particulier quand il est question des « filles ». Aussi n’entre-t-il en interaction avec les autres que sous la contrainte d'une logique sociale qui lui échappe.


Un drame l’amène à prendre des décisions absurdes, qui finissent par le noyer littéralement, jusqu’à ce qu’il assume, à la toute fin du film, une responsabilité envers les autres – affective autant que judiciaire – qui relègue dans le passé ce rôle de jeune homme balloté.


Comme dans Borgo ou L’Inconnu de la Grande Arche, Demoustier met en scène moins des acteurs que des personnages évoluant dans un espace qui les oppresse et en même temps les révèle. La direction d’acteurs est ajustée à ce projet – Hadrien Hussein, par son interprétation de Marouane, porte le film avec une présence constamment retenue – et la photographie comme la musique accompagnent le mouvement du film sans le souligner à l’excès. Cette retenue fait sentir comment une pression sociale diffuse agit sur les corps, les désirs et les comportements, comme la chaleur écrasante de ce camping des Landes… Il en résulte un film d'une grande subtilité qui, lui aussi à contrecourant, déjoue les clichés de tant de récits consacrés à l'adolescence.

LuigiCamp
8
Écrit par

Créée

le 25 juil. 2026

Critique lue 7 fois

LuigiCamp

Écrit par

Critique lue 7 fois

1

D'autres avis sur La Chaleur

La Chaleur

La Chaleur

10

Pierre-Alcorette

2 critiques

Une formidable tension portée par un héros au charisme mutique

Stéphane Demoustier revient avec un long métrage surprenant, détonnant de son précédent film, L'Inconnue de la Grande Arche, notamment par les moyens qu'il emploie (le réalisateur évoquait en itw un...

le 1 juil. 2026

La Chaleur

La Chaleur

1

Youss2Couette

177 critiques

Rien à sauver

Si c'est pas le pire film français de l'année et de celle d'avant et de celle d'avant et de celle d'avant, il est au moins top 3 sans forcer.La canicule vous fera moins souffrir que ce film.Tout...

le 8 juil. 2026

La Chaleur

La Chaleur

4

FranG1909

59 critiques

Gros coup de chaud

Après « L’Inconnu de la grande arche » que j’avais beaucoup apprécié, j’avais une assez grande attente concernant le nouveau film de Stéphane Demoustier, « La Chaleur ». L’intrigue se situe en été...

le 27 juin 2026

Du même critique

La Trilogie d'Oslo - Amour

La Trilogie d'Oslo - Amour

9

LuigiCamp

202 critiques

Une autre carte de Tendre

C’est ceci, sans doute, ce que le cinéma fait de mieux – ou disons de plus spécifique : montrer, par une légère mimique ou un geste à peine amorcé ce qu’une âme traverse et que les mots échouent à...

le 12 juil. 2025

Jardin d'été (The Friends)

Jardin d'été (The Friends)

9

LuigiCamp

202 critiques

Conte d’été

Jardin d'été est sorti en 1994. Au Japon. En 2025 en France. Trente et un an, ce doit être le temps qu’il faut à un papillon pour venir du Japon en France… Et, comme les papillons du film, il est...

le 8 juin 2025

Le Mohican

Le Mohican

7

LuigiCamp

202 critiques

Le dernier des Corses

Ce film est remarquable à beaucoup d’égards : le jeu d’Alexis Manenti, qui trouve là sans doute son meilleur rôle ; les paysages sublimes, qu’une belle photographie magnifie encore ; la musique de...

le 25 févr. 2025