Marouane, incapable de se voir comme un jeune homme beau, désirable, aimable, se laisse aller au flux et au reflux – non des vagues (il est bien le seul à ne pas se baigner sur cette plage où se déroule l'essentiel du récit), mais des relations avec ses potes, sa famille, les autres personnes du camping où il passe ses vacances avec ses parents, son frère et sa sœur. À contrecourant presque toujours, il semble porter, outre le sien propre, le malaise de tous ceux – ados et adultes – qui le dissimulent derrière les proclamations, l'alcool, le « fun » de la plage, du son, du sexe…
Marouane, lui, s’il cache bien un cadavre, ne cache pas son malaise : il semble l’exhiber même, comme sa carapace – ce teeshirt qu’il garde constamment sur lui. Amateur de musique classique et s’apprêtant à entrer à l’université pour des études de musicologie, il est aussi peu enclin au discours et aux comportements obligés, en particulier quand il est question des « filles ». Aussi n’entre-t-il en interaction avec les autres que sous la contrainte d'une logique sociale qui lui échappe.
Un drame l’amène à prendre des décisions absurdes, qui finissent par le noyer littéralement, jusqu’à ce qu’il assume, à la toute fin du film, une responsabilité envers les autres – affective autant que judiciaire – qui relègue dans le passé ce rôle de jeune homme balloté.
Comme dans Borgo ou L’Inconnu de la Grande Arche, Demoustier met en scène moins des acteurs que des personnages évoluant dans un espace qui les oppresse et en même temps les révèle. La direction d’acteurs est ajustée à ce projet – Hadrien Hussein, par son interprétation de Marouane, porte le film avec une présence constamment retenue – et la photographie comme la musique accompagnent le mouvement du film sans le souligner à l’excès. Cette retenue fait sentir comment une pression sociale diffuse agit sur les corps, les désirs et les comportements, comme la chaleur écrasante de ce camping des Landes… Il en résulte un film d'une grande subtilité qui, lui aussi à contrecourant, déjoue les clichés de tant de récits consacrés à l'adolescence.