La Chaleur est selon moi le film le plus intéressant de Demoustier et à la fois le moins réussi, la faute à la coexistence de 2 films en 1, l'un étant brillant et l'autre cannibale.
La grande force de ce long-métrage réside dans sa capacité à dresser le tableau d'un gars en complet décalage avec les autres jeunes du camping, incapable de lâcher prise et de s'intégrer dans l'ambiance estivale qui y règne. Marouane semble systématiquement paumé dans les décors et les plans. Biais personnel ici, mais me retrouvant énormément dans le protagoniste, j'ai trouvé que Demoustier était très fort pour représenter visuellement ce sentiment de dérive dans les soirées et les lieux sociaux, frustrant, sans pour autant culpabiliser qui que ce soit. Tous les personnages - y compris Marouane - ont leurs qualités et leurs défauts, on évite les archétypes, certains "populaires" tentent d'intégrer le protagoniste mais rien n'y fait. La question ici n'est pas de savoir à qui la faute, mais simplement de représenter par les plans et par l'ambiance l'immense frustration ressentie par le personnage (et par ses proches) qui au fond sait qu'il n'est pas à sa place mais dont la frustration de ne pas pouvoir profiter comme tout le monde prend le dessus et l'empêche de se résoudre à la réalité. En ce sens, l'introduction dans la soirée est excellente, les petites remarques des parents aussi, les ruptures de ton selon l'arrivée de certains personnages sont bien gérées...
Oui mais, la partie scénaristique autour du décès bouffe tout le film. Je me doute que l'ambition était de prendre les codes d'un film de genre, façon thriller, et de les dissoudre dans un film d'ambiance, mais pour moi le mélange ne fonctionne pas. J'aurais infiniment préféré un film d'ambiance pur, dont le scénario aurait été dépouillé de tout artifice afin de se concentrer sur ce qui fonctionne très bien dans le film, c'est-à-dire la mise en scène de ce décalage entre Marouane et l'ambiance du camping. Ici le film ne se laisse pas vivre, puisque ce malaise est en permanence mélangé avec la trame policière, qui crée une sorte de double mal-être assez inutile et qui écrase la représentation du premier.
J'ai aussi retrouvé un peu moins de brio dans la réalisation que dans Borgo par exemple. C'est pas une mauvaise idée de faire un casting sauvage pour ce genre de projets mais disons que certains arrivent à faire ressortir leur naturel à l'écran tandis que d'autres ont du mal à faire transpirer la moindre sincérité.
J'aurais aussi aimé moins de pudeur, plus de rentre-dedans dans les images, davantage de sueur, une représentation visuellement plus prononcée de la chaleur (come on, c'est le nom du film Stéphane), bref un rendu un peu moins sage et encore plus proche du réel.
De ce fait, tout ce qui concerne l'être en perdition, coincé entre sa nature et sa frustration, est bien filmé, mais l'ensemble n'ose pas plonger dans une pleine radicalité et c'est justement ce que j'aurais attendu dans le projet d'un réalisateur qui commence à être confirmé.