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La Chasse est un film à voir ne serait-ce que pour la performance de Mads Mikkelsen, justement récompensé à Cannes cette année-là. Dans ce rôle de professeur rapidement tourmenté, il oscille avec grâce entre tendresse naturelle, déprime résignée et violence verbale et physique décomplexée. Sans doute son plus grand rôle, et c'est pas peu dire vu la carrière du bonhomme. Et heureusement, le scénario et la richesse des idées sont au même niveau, ce qui fait de La Chasse un grand film, le deuxième de Thomas Vinterberg après Festen.
Le film est une étude quasi-sociologique et philosophique de la violence dormante dans la société. Au début, il semble que tout va bien dans cette charmante bourgade danoise sans histoire, avec des habitants souriants, des amitiés fortes et Noël qui pointe le bout de son nez. Puis il suffit d'une rumeur pour tout embraser. Le scénario ne laisse pas le moindre doute au spectateur : il s'agit d'une fausse rumeur, lancée par une enfant qui, comme tout enfant, voulait attirer l'attention et se retrouve extrêmement vite entraînée malgré elle dans quelque chose qui la dépasse. Ce soupçon de pédophilie va déchaîner une violence folle contre lui de la part de ses amis et d'inconnus : il sera viré manu militari sans aucune explication, roué de coups pour avoir osé faire ses courses, son fils sera frappé par un ami de la famille, son chien sera purement assassiné... Vous voyez le topo. Heureusement que c'est pas John Wick. On comprend d'ailleurs très vite que ces agressions ne sont pas commises dans un souci de justice et qu'elles proviennent simplement de la haine basique propre aux gens et à cette société. Comme toutes les agressions, finalement. Alors quoi de mieux qu'un gars accusé de pédophilie pour enfin pouvoir la déverser ? Ce cercle d'injustices le fera passer par toutes les émotions, de la combativité à la résignation, de la déprime à l'isolement. Le voir finalement répondre avec les mains (enfin, avec la tête pour le coup, un bel hommage à Zizou) puis péter un câble à l'église fait d'ailleurs un bien fou.
Le volet judiciaire de l'histoire passe au second plan, mis à part les premiers entretiens avec l'enfant et la perquisition de la police qui s'aperçoit enfin que les rumeurs paraissent totalement fausses. Pourtant, les erreurs des adultes dans ce genre d'affaires sont manifestes et bien reproduites à l'écran (voir d'ailleurs la très bonne série documentaire sur l'affaire d'Outreau) : les entretiens directifs dans lesquels les enfants vont systématiquement aller dans le sens des adultes, la non-écoute lorsque les enfants reviennent sur leurs déclarations, l'emballement rapide alors que rien n'a été encore prouvé... Comme si tout le monde était subitement atteint du syndrôme du sauveur, trop content d'avoir découvert un criminel et des victimes à protéger héroïquement. Une véritable leçon de tout ce qu'il ne faut pas faire dans ce cas-là.
La fin ouverte du film ne laisse pas de marbre non plus. L'épilogue décrit d'abord une grande réconciliation, après l'innoncence du professeur enfin prouvée. Tout semble comme avant, avec même un instant de complicité retrouvé entre l'enfant et lui. Puis lors de la chasse qui suit, il est visé ostensiblement par un homme dont on ne connaîtra pas l'identité. Comme un rappel que rien ne sera jamais comme avant. Comme un symbole qu'il s'agissait depuis le début, non pas d'une vendetta justicière, mais d'une chasse à l'homme réelle et sans fin.
Créée
le 17 avr. 2026
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