Avril 45.Ca sent la fin de partie pour le Troisième Reich,enfoncé à l'ouest par les Américains et à l'Est par les Russes.Adolf Hitler est réfugié dans le bunker de la Chancellerie avec ses derniers fidèles et il refuse de s'enfuir,croyant toujours contre toute évidence pouvoir renverser le sort de la guerre.Mais ça finit par trop chauffer,les Soviétiques sont à Berlin et ça tombe comme à Gravelote autour de l'ultime repaire des SS.Le 30 avril,le Führer se suicide avec sa maîtresse Eva Braun,un acte essentiel à la fin de la Deuxième Guerre Mondiale.Et c'est reparti pour un biopic,mais pas n'importe lequel car on est là sur du sujet brûlant.C'est Oliver Hirschbiegel qui hérite de la réalisation,un choix opportun puisque le gars avait fait un coup d'éclat en 2001 avec son premier long-métrage ciné "L'expérience".Auréolé de sa réputation de bon petit soldat antitotalitaire,on pouvait lui confier cette oeuvre risquée,surtout pour des auteurs allemands.Mais c'est plutôt Bernd Eichinger,qui produit le film avec sa société Constantin Film,la plus importante Outre-Rhin,qui est aux manettes,d'autant qu'il s'est chargé d'écrire le scénario.L'angle d'attaque qu'il a choisi est de retracer les derniers jours des dignitaires du Reich claquemurés dans leur blockhaus berlinois,jusqu'à la chute finale.Comme d'habitude on est dubitatif quant à la réalité des faits tels qu'ils sont présentés.Qu'est-ce qui est vrai?Partiellement exact?Complètement inventé?Un peu modifié?Le problème est que peu de survivants sont sortis de cette aventure,et que la plupart d'entre eux n'avaient pas forcément intérêt à être francs.Eichinger a donc décidé de s'appuyer sur un livre de Joachim Fest,lui-même inspiré des mémoires de la secrétaire d'Hitler recueillies par la journaliste autrichienne Melissa Müller.Nous y voilà,c'est donc la parole de cette Traudl Junge qui sert de base et de caution historique au script,sans qu'on puisse vraiment discerner la part de vérité dans les propos de la nana,qui apparait au début et à la fin du film pour nous expliquer qu'elle était jeune et influençable,qu'elle ne comprenait pas bien tout ce qui se passait,mais qu'au fond elle regrette parce qu'après mûre réflexion ce n'était pas trop cool,cette idée d'envahir l'Europe.Au début c'était sympa les soirées choucroute,les fêtes de la bière et du schnaps,les culottes de peau,les tresses blondes,les discours enflammés ponctués de bras tendus,quelle rigolade quand même!Mais à la fin,inexplicablement,c'était devenu moins fun avec la claustrophilie bunkerisée,les bombes qui secouaient la casbah et les délires de l'oncle Adolf.Car évidemment ce qu'on attend tous la bave aux lèvres,c'est le portrait en pied et en situation du Führer.Pour le coup on n'est pas déçus,mais les appréciations sont très variables d'un spectateur à l'autre.Certains voient là une humanisation déplacée d'un monstre,d'autres une caricature ridicule,mais l'exercice est difficile et les auteurs ne s'en sortent pas si mal.Matière explosive donc,ce type étant sans doute le personnage le plus détesté de l'Histoire de l'Humanité,bien que d'autres aient fait pire que lui en nombre de victimes.Comme disait Coluche,"on dit toujours Hitler,Hitler,mais on l'a surtout connu pendant la guerre cet homme-là!".Le film nous montre un Adolf au bout du rouleau qui devient complètement cinglé.Certes,il l'était depuis le début mais là c'est "encore pire".Le mec alterne abattement profond et crises d'hystérie,se réfugiant dans le déni en ordonnant devant sa carte d'état-major des opérations militaires mobilisant des unités qui ont disparu.Lorsqu'il est un peu plus lucide,il prépare son suicide,dicte des textes à Traudl et distribue quelques médailles.Sa personnalité est totalement paranoïaque,il accuse tout le monde de l'avoir trahi et ne se remet pas en question une seule seconde.Un des points les plus intéressants du récit est l'analyse du fanatisme,car si Hitler est dingo,on se demande comment une large majorité du peuple allemand a pu le suivre,et comment son dernier carré peut continuer à l'accompagner alors que le désastre est patent et le chef hors de contrôle.Il semblerait qu'il avait un vrai talent d'orateur,une force de conviction,et un discours très en phase avec l'esprit de revanche d'un pays humilié après la catastrophe de 14-18.Voilà,ça aura suffi à bouleverser l'équilibre européen pendant des années,et en voyant ça on s'interroge.A quoi bon toutes ces morts,ces destructions,ces horreurs,ces camps de concentration?Tout ça pour ça,pour se terminer au cyanure au fond d'un souterrain,entouré d'une poignée de zigs lobotomisés ou héroïques qui préfèrent crever là avec lui que de fuir ou se rendre.On assiste à une incroyable série de suicides après la mort d'Hitler,ce qui peut se comprendre vu que l'Armée Rouge c'était pas des tendres et que la perspective d'atterrir au Goulag était peu attrayante.Le plus glaçant est l'assassinat par Magda Goebbels de ses six enfants,montré en détail,parce que les époux Goebbels,les plus déterminés des fanatiques,refusaient que leur progéniture grandisse dans le Monde décadent qui allait selon eux suivre la chute du Reich.Vu d'aujourd'hui on se demande s'ils n'avaient pas un peu raison mais c'était quand même extrême.Et anticipé ,oui,prophétique pourrait-on dire.Ceux qui ont évité le suicide ont tenté la cavale ou se sont rendus,presque tous se retrouvant in fine au tribunal à Nuremberg.Hirschbiegel maîtrise bien son quasi huis-clos et parvient à fournir un récit intéressant en changeant énormément d'axes et de pièces,tout en introduisant un nombre conséquent de personnages.Sinon,le film a de la gueule et offre une reconstitution historique impressionnante,avec un gros travail sur les costumes,les décors,les maquillages et le matériel,qu'il s'agisse des armes ou des véhicules.On retient bien sûr la performance de Bruno Ganz,plus vrai que nature en excité à mèche,qui restitue brillamment les états d'âme et les errements d'un homme qui a cru avoir tout gagné et refuse d'admettre que tout part en fumée.La fine fleur du cinéma germanique a été regroupée autour de lui,tous incarnant impeccablement des personnages réels,les figures du Reich défilant à l'écran.C'est l'excellente Alexandra Maria Lara qui incarne Traudl Junge,le douteux "témoin de moralité" du film,son jeu oscillant entre hésitation et fascination s'accordant parfaitement à la psychologie trouble de la protagoniste.Le très émacié Ulrich Mattes nous sort un Joseph Goebbels de derrière les fagots.Alors lui,il fait vraiment peur,et sa performance allumée est mémorable,le gars se révélant jusqu'au-boutiste et s'avérant étrangement soumis à sa femme.Parce que c'est Magda qui porte la culotte dans le couple,et Corinna Harfouch,raide et inflexible,nous le fait bien comprendre.Juliane Köhler campe une Eva Braun du style débile inconsciente,qui organise des fiestas dans le bunker,car après tout il n'y a pas de raison de ne pas rigoler avant que le sol ne nous tombe sur la tête.Le grand Heino Ferch est magistral dans le rôle d'Albert Speer,l'architecte favori du Reich,partagé entre raison et amitié pour son leader.Christian Berkel se démène en docteur Schenek,médecin dévoué plus préoccupé par le sauvetage des blessés que par la défaite en cours,associé à Matthias Habich qui est son collègue le professeur Haase,contraint d'opérer dans des conditions acrobatiques,ce qui nous vaut quelques images gore pas piquées des vers.Thomas Kretschmann joue l'ambigu Hermann Fegelein,nazi convaincu et beau-frère d'Eva Braun,qui s'oppose à la décision du patron de ne pas se carapater de ce guêpier.Michael Mendl fait un joli numéro en général Weidling,un vieux de la vieille que le Führer veut faire exécuter pour avoir contrevenu à des ordres idiots et qui se pointe à la Chancellerie en clamant qu'il vient pour être fusillé.André Hennicke interprète l'émacié général Mohnke,un fidèle qui commande les derniers îlots de résistance à l'avancée russe dans Berlin.Ulrich Noethen apparait brièvement mais bien en Heinrich Himmler pragmatique et rusé qui essaie de court-circuiter les décisions folles d'Hitler.Birgit Minichmayr est l'autre secrétaire,Gerda Christian,beaucoup moins en vue que Junge,tandis que le balèze Götz Otto est l'aide de camp complètement dévoué à son boss.Il y a aussi une saisissante Anna Thalbach en aviatrice d'élite sérieusement fanatisée.D'autres stars de la galaxie SS surgissent ça et là,comme les généraux Krebs,Burgdorf,Keitel,Jodl,ou encore les ineffables Hermann Göring et Martin Bormann.Note et critique de film d'Oliver Hirschbiegel publiées précédemment:"Diana"-1.Moyenne:3,5.