8
le 30 janv. 2014
SuivreBang !
Deuxième film d'un des membres du Nouvel Hollywood, Targets (titre original) a eu droit à une génèse toute particulière. Offert par Roger Corman à un de ses jeunes protégés, Targets regroupe à la...
Il est malin, ce Roger Corman. Boris Karloff lui devant encore deux jours de tournage, il confie au jeune Peter Bogdanovich la mission de fabriquer un film en utilisant l'acteur pendant une vingtaine de minutes, tout en recyclant quelques séquences du Château de la terreur. À charge pour lui d'inventer le reste. Sur le papier, tous les ingrédients sont réunis pour obtenir un improbable rafistolage. Et, soyons honnête, La Cible en conserve quelques coutures. Mais Bogdanovich a surtout l'intelligence de faire de ces contraintes le sujet même de son film.
Karloff incarne Byron Orlok, vieille vedette du cinéma d'épouvante qui estime que son époque est révolue. Qui peut encore avoir peur de ses monstres de cinéma lorsque l'Amérique réelle en produit de bien plus terrifiants ? Pendant qu'Orlok songe à prendre sa retraite, un jeune homme parfaitement ordinaire, bon fils et bon mari en apparence, perd la carte, s'arme d'un fusil et commence à tirer sur des inconnus. C'est là que La Cible devient passionnant. Bogdanovich oppose deux formes d'horreur : celle, gothique et rassurante, des vieux films de Karloff, et celle, sèche, incompréhensible et terriblement contemporaine, d'une violence qui peut surgir au coin de la rue. Plus besoin de château, de créature ou de malédiction : le monstre ressemble désormais à n'importe qui.
Mais La Cible est aussi un film sur le cinéma. À travers Orlok et Karloff, Bogdanovich regarde avec une vraie tendresse un Hollywood vieillissant, ses vedettes et ses monstres en passe de disparaître. Le drive-in final résume joliment tout cela : tandis que l'ancien monde survit encore sur l'écran, la véritable horreur s'est installée parmi les spectateurs. Et lorsque le tueur voit simultanément Karloff sur la toile et Orlok marcher vers lui dans le monde réel, les deux époques semblent se télescoper une dernière fois.
Tout cela est très adroit, parfois même brillant dans l'idée. Un peu moins dans l'exécution. Le film reste marqué par son assemblage, manque parfois de liant et, surtout, la longue séquence du drive-in n'atteint jamais vraiment la terreur que son dispositif laissait espérer. La conclusion est également un peu expédiée. Avec davantage de moyens et de tension, le résultat aurait sans doute pu être beaucoup plus fort. Reste un drôle de film, bancal mais original, né d'un bricolage de producteur et transformé par Bogdanovich en réflexion sur la violence, la peur et la fin d'un certain cinéma. Pas totalement réussi, mais assurément bien plus intelligent qu'il n'aurait dû l'être.
Cet utilisateur l'a également ajouté à sa liste Liste et classement des films que j'ai vus ou revus en 2026
Créée
il y a 4 jours
Critique lue 10 fois
8
le 30 janv. 2014
SuivreDeuxième film d'un des membres du Nouvel Hollywood, Targets (titre original) a eu droit à une génèse toute particulière. Offert par Roger Corman à un de ses jeunes protégés, Targets regroupe à la...
6
le 17 janv. 2016
SuivreIntéressant. Confronter ainsi deux terreurs, ce n'est pas idiot. Mais je ressors du film avec une impression de trop peu, comme si l'auteur avait sous-exploité son sujet. En fait, ce qui m'a un peu...
5
le 10 déc. 2020
SuivreCertainement marqué par la tuerie de l'université du Texas de 1966, Bogdanovich confronte deux images de la terreur dans son premier film réalisé avec des bouts de chandelles, à travers deux...
4
le 15 nov. 2023
SuivreAïe, aïe, aïe... L'arrivée de Fabrice Caro en lieu et place de Jean-Yves Ferri qui venait, à mon sens, de signer son meilleur Astérix dans le texte, était pourtant annoncée comme une bonne nouvelle...
8
le 18 nov. 2022
SuivreLe sujet de la proie aveugle n’est pas entièrement nouveau puisqu’il a déjà été traité dans, notamment, Seule dans la nuit quelques années plus tôt. Le parti-pris de ce film écrit par Brian Clemens...
7
le 22 oct. 2021
SuivreDepuis la reprise de la série par Ferry et Conrad, nos amis gaulois avaient une sacrée gueule de bois. La disparition de René Goscinny avait déjà très sérieusement entamé la qualité des albums même...