<i>La Cigarette</i> ressemble au négatif inversé de <i>La Souriante Madame Beudet</i>, tant thématiquement que formellement : pas trace d'avant-garde ou d'effets quelconques dans ce petit film (si l'on excepte un plan "musical" et quelques effets d'iris appuyés). Tout juste note-t-on une certaine précipitation du montage dans la première partie, peut-être due à l'état très endommagé de la copie, mais qui sied somme toute plutôt bien à cette héroïne enjouée (le rythme ralentissant en même temps que le mari dépérit).

Au-delà de la mise en scène tout à fait classique, c'est surtout un genre, celui du drame bourgeois mondain, et sa phobie centrale (le soupçon de tromperie), qu'adopte ici Dulac sans la moindre distance ironique. Et si l'on ferme les yeux sur l'orgie de cartons pas toujours nécessaires (longues explications finales inutiles), force est de constater que la réalisatrice est plutôt douée dans ce type de film qui semble pourtant à l'opposé du cinéma pour lequel elle militait. Le projet qu'elle déplie, renvoyant au ludisme des années 10 (poisons et suspense comme dans les <i>Vampires</i>, pitch fantasque comme chez les Danois), mais aussi au parfum des années 20 à venir (subtilité du jeu d'acteur, romantisme), souffre presque d'être une partition trop sagement, trop docilement jouée.

Le point de dissonance, et le plus intéressant, c'est évidemment cette momie posée au milieu du salon, visage émacié répondant à la jeunesse resplendissante de l'épouse (jusque dans un plan les plaçant côte à côte), comme un <i>memento mori</i> ou une vanité (au sens pictural) constamment posée là, tel le "ça" flippant et répugnant de la bourgeoisie, installé en évidence comme un lapsus au milieu des tentures de ces jolis salons. Dommage que le film exploite si peu la chose, et n'en fasse pas le nœud central de sa mise en scène : en respectant tous les codes du drame bourgeois d'alors, Dulac fait un film aussi sympathique qu'un poil inconséquent.

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