Porno vulgaire grimé en branlette teigneuse & aware

En 2002, la carrière du réalisateur brésilien Fernando Meirelles décolle de façon prodigieuse. La Cité de Dieu est un phénomène culturel mondial et restera l'un des principaux films d'Amérique Latine des années 2000, sinon le plus important. Il est également le 21e du classement des meilleurs films de tous les temps sur IMDB, la plus grande base de données mondiales pour les évaluations cinéma. Destin hallucinant pour une incursion dans les favelas guidée par un prisme MTV et d'une remarquable absence de colonne vertébrale pour le reste.


La consistance sociale de ce film est quasiment nulle, il en va autrement de sa conscience. Quant aux favelas, Mireilles formule un certain désespoir, l'issue positive de rigueur concernant un personnage (re)devenu le principal sur la dernière lancée. Il doit son émancipation à un nouveau rapport à la favela, devenant un observateur-exploiteur civilisé, au lieu d'y être enfermé en cherchant un rôle sur le continuum entre la victime totale et le caid aux gros moyens. Pas de salut pour la favela ni au-dedans.


Hormis cette conclusion indirecte, le néant du regard soutient la bêtise de l'exposé. Economie souterraine et violences mortifères s'épanouissent avec fougue, mais pas trop, sans que ça gicle trop près, trop fort, trop vrai. Comme dans un clip bien coriace avec la drogue en guise de patrimoine. La Cité de Dieu dispose d'atouts puissants : il a tout à la base, dans son sujet, pour imposer le respect. Or il est écrit et conduit par des ignares ou des gens pressés, à moins qu'il ne s'agisse de simple cynisme, assez banal mais avisé dans son genre. La surenchère débile s'associe avec bonheur à un style dégueulasse.


La mise en scène aligne de petits effets beauf badass ou funkytown totalement essouflés. L'intrigue est insignifiante, sans s'effacer pour autant au bénéfice d'une démarche de reportage ou de documentaire. Elle s'éparpille en excès, avec une immense galerie de personnages et d'embrouilles, souvent mineures, dont ressort une bouillie jouissant tout de même d'une certaine unité. Le spectateur voltige d'un coin à l'autre et n'approfondit rien, jusqu'à l'affaire Bené puis la focalisation sur Zé Pequeno. La revanche du poux sordide marque une rupture, où les énergies sont vaguement coordonnées.


Au lieu de prendre à bras-le-corps leur sujet, ou même de rester dans la distance mais avec un regard plus inquisiteur et avide ; Meirelles et son équipe tâchent de rendre l'affaire sensationnelle et se concentrent exclusivement là-dessus. Or tout le contexte et ses rythmes sont déjà sensationnels ! Imiter un genre d'uppercut à la Oliver Stone (Tueurs nés, Salvador) commandé par France 2 ou pour un cross-over avec Les experts Miami n'est pas nécessaire. Cela donne plutôt un chaînon manquant entre La Haine et Fight Club ; mais une espèce de variante pour enfants du fake hargneux de Fincher, un Fight Club niveau kékéland sans étage supérieur. La Haine au moins est en mesure d'être politiquement orienté ; cette Cité là est juste trop stupide pour avoir le moindre sens politique par elle-même.


Sauf les moyens (excellente photographie, montage speed, visuel efficace – d'une laideur extrême mais relative au sujet), La cité de Dieu tape dans le bis/z décérébré complet. La banalisation de la violence propre aux favelas devient le prétexte à un happening vulgaire, dont la dimension sulfureuse est de surcroît évacuée, étant donné qu'il n'y a pas vraiment de débats possibles quand au lieu de pénétrer un thème on se cantonne à l'existence d'un matériau si saillant. Et cette violence banalisée, omniprésente, n'est qu'une violence aseptisée, de polar bourrin ; The King of New York ou n'importe quel autre classique mineur du film de mafia est mille fois plus viscéral et troublant. Promesse de cogne comblée. Pour se branler sur la pauvreté et la délinquance, cela reste ce qui se fait de plus propre et généreux.


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le 3 avr. 2015

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Zogarok

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