Dans la "trilogie policière" de Nicloux, cet opus, le plus grand public, est aussi celui où il s'efforce le plus de raconter une histoire, et même deux histoires à 30 ans de distance qui finalement se résolvent mutuellement. Ce qui ne signifie pas grand-chose, puisque les deux premiers films de cette trilogie ne racontent à peu près rien. Mais "Une affaire privée" et "Cette femme-là" ont au moins le mérite de construire une ambiance, un personnage (le privé, la flic), chacun porté par un acteur charismatique. Ici, on a Guillaume Canet (pas mauvais au demeurant) en jeune cadre banlieusard lisse et propret marié à Marie Gillain (dans un rôle des plus nunuches) qui veut un bébé mais lui il en veut pas enfin il est pas sûr. Pas tout à fait le même potentiel dramatique.
Ce qu'on perd en ambiance, on le gagne donc en construction du scénario. Mais comme l'histoire n'est pas passionnante non plus, on pourra regretter l'atmosphère plus étrangement et plus subtilement inquiétante d' "Une affaire privée" (qui avait aussi le bon goût d'offrir un peu d'humour) et même les cauchemars à répétition de "Cette femme-là" avec leur côté sous-lynchien.
Le côté polar à la française fonctionne mal ici, ce grand banditisme de gros méchants (qui ne font presque pas de mal à une mouche en définitive) sonne faux. Le seul personnage vraiment dense est celui de Joseph Arp (Jean Rochefort), dommage qu'il soit survolé.
Dommage, surtout, que la clé (ou "clef" si l'on préfère) symbolique du film soit ce discours lourdingue et paresseux sur papa-maman, ou plus exactement sur les liens du sang qui priment toute filiation symbolique. C'est malheureusement sur ce kitsch sentimental et petit-bourgeois que se referme, avec le projet policier de Nicloux, l'intérêt qu'on avait pu lui porter. Dommage. Un peu plus de courage, un peu moins de clichés, on touchait à la réussite.