C'est, comme le dit Mankiewicz, une amère histoire de Cendrillon, l'histoire d'une jeune femme d'une beauté et d'une séduction extraordinaires convaincue de quitter son anonyme cabaret madrilène pour devenir une star du cinéma.
Sa fulgurante ascension hollywoodienne et les portraits acides de quelques figures d'un univers cynique et impitoyable font croire, à ce moment, à une nouvelle déclinaison critique des mœurs hollywoodiens.
Mais Mankiewicz dépasse ce thème par la complexité et la nature du personnage d'Ava Gardner. Le film raconte ni plus ni moins que le destin tragique de celle qui est l'incarnation de la femme idéalisée, dont la condition est d'être toujours désirée mais jamais aimée. De rencontres en espoirs, c'est le drame de cette femme superbe et intègre, invariablement déçue et mélancolique, que filme le cinéaste. De ce point de vue, Maria est une parente de la Garance de Carné et Prévert, cette autre incarnation de l'Amour imparfait.
A la façon d'Orson Welles dessinant le portrait de Charles Foster Kane à l'aide de témoignages posthumes et de flashback, Mankiewicz construit un personnage d'une grande densité, riche de sa signification romantique mais aussi de ses non-dits et de ses allusions, morale et censure obligent. Ainsi, suivant une jolie métaphore, l'amour se trouve parmi les dorures et le luxe tandis que le désir nait au cœur de la plèbe. Voilà la belle idée de Mankiewicz exprimée à travers des scènes longues, souvent brillantes et émouvantes, parfois bavardes cependant.