Le film débute par une servante qui mouche les chandelles dans une grande demeure bourgeoise du début du XXe siècle au moment où le maisonnée va se coucher. Cette courte scène symbolise à merveille ce récit corseté et crépusculaire : c'est l'heure où tout se joue entre ce jeune notaire falot entouré de sa femme frigide, de sa mère méchante comme une teigne et de ses deux servantes dont une jeune qu'il vient forcer tous les soirs une fois les lumières éteintes. Le résultat est un bébé que le couple consent à élever comme le sien pour éviter un scandale, tout en gardant la domestique à leur service. Un pacte s'en suivra, mais n'en divulguons pas la teneur. Ce huis-clos parfois étouffant est une étude sociologique réussie sur les mœurs dans la grande bourgeoisie de cette époque (et pas que) où le droit de cuissage seigneurial instauré depuis des siècles n'était nullement remis en question. Mais là, le propos est plus actuel : deux femmes vont se lever devant cette agression caractérisée et trouver leur propre solution pour échapper à cette emprise. La lumière est magnifique, toute en clair obscur, les personnages délicatement ciselés, seuls les dialogues manquent parfois d'à propos avec l'époque et quelques scènes s'étirent un peu trop. Mais c'est au final un beau film qui sort des sentiers battus du cinéma actuel.