Initiée l'année passée avec "La salle des profs", le cinéma européen ou plus globalement le cinéma d'auteur développe une certain tendance à (ré) emprunter les chemins de l'école pour décliner les travers de la société actuelle à partir de comportements de cour de récréation.
Mais 'La convocation" s'inscrit également dans une croyance récente, mais plus cinématographique celle-ci, selon laquelle le simple fait de créer un malaise par l'initiation d'une réflexion sur la lente décomposition des relations humaines, permettrait de donner naissance à une œuvre intellectuellement estimable . Comme souvent, le malaise s'initie ici dans un fort sentiment d'incompréhension voire d'injustice, née en l'espèce d'une (simple) "convocation", celle d'Elisabeth, maman d'Armand, par le directeur, la psychologue et l'institutrice du garnement (6 ans) qui découvre -telle, mais en présence des parents accusateurs de la victime déjà informés donc...) est accusé de violence physique voire sexuelle envers Jon fils desdits parents. Au delà de L'information, déroutante, Elisabeth (Renate Reinsve épatante) est interpellée par cette assignation soudaine, qui la prive de toute tentative d'explication avec son rejeton...
Le procédé narratif de découverte progressive des événements, épousant en cela le point de vue du personnage, habile en ce qu'il entretient la tension, ouvre également la voie à une surabondance perpétuelle, de détails, d'expression faciales... La redondance des postures probablement inévitable dans ce qui est devenu un huis-clos de 120 minutes, s'accompagne certes de développements nouveaux, mais qui pour beaucoup orientent le propos dans une recherche constante d'effets dramatiques, notamment la sidération, sans cesse provoquée par l'exploration de relations familiales complexes.
La mort récente du père d'Armand, frère de la mère de Jon, qui elle même bat son fils, la probable liaison entre Elisabeth (elle-même frappée par son défunt mari) et son beau-frère
Halfdan Ullmann Tøndel (petits fils d'Igmar Bergman et de Liv Ullman), pour sa première réalisation, se pose en héritier de Vinterberg et de son très dépouillé Festen jusque dans le fond. Le propos volontairement accablant s'inscrit dans une certaine noirceur, soulignée pourtant par quelques effets de mise en scène opportuns, une lumière vacillante à mesure que le propos s'alourdit marquant le lent déclin du jour (et que le jour t au dehors dans des reflets bleus froids, une scène saisissante métaphore de la fascination exercée par Elisabeth ; puis, un très beau final, pour une fois ébauché dans une sorte de chorégraphie, ballet des incertitudes ou chacun, parents personnels de l'école choisiront leur camp dans un mouvement théâtral.