Je commence cette critique par l'énonciation d'une vérité incontestable, Renate Reinsve est la troisième plus grande raison d'être de la Norvège, après les aurores boréales et Henrik Ibsen. Je suis très heureux de retrouver, après Julie (en 12 chapitres), cette comédienne incroyablement belle, rayonnante, charismatique et talentueuse. Sur ce dernier point, il suffit de la regarder jouer, magistralement, une mère de famille veuve incapable de refréner un fou rire nerveux qui semble durer une éternité, distillant aussi bien le malaise chez les autres personnages que chez les spectateurs.
Bon, c'est bien beau de déclarer son amour à l'actrice principale, mais le film dans tout ça ?
Alors, cette œuvre, ayant remporté la Caméra d'or à Cannes, est le premier long-métrage de Halfdan Ullmann Tøndel, qui n'est autre que le petit-fils d'Ingmar Bergman et de Liv Ullmann. Pendant près d'une heure, le réalisateur paraît vouloir nous faire un Carnage de Roman Polanski, mais déplacé dans un cadre scolaire (l'ensemble se déroule quasi intégralement à l'intérieur d'une école !), avec, en partie, quelques membres du personnel de l'établissement comme participants. Pour vous le faire courte, c'est une mère de famille qui est convoquée dans l'école de son fils, suite à un incident d'une grande gravité qu'il aurait provoqué à l'égard d'un autre élève, qui se trouve être aussi son cousin. Les parents de la présumée victime, donc la belle-sœur et le beau-frère de la mère, sont présents aussi...
Donc, on est sur du Carnage, mais après le fou rire susmentionné, le film change radicalement de ton, voire de genre. On aurait pu penser que le Festen de Thomas Vinterberg aurait pris complètement le relais ensuite, avec des révélations embarrassantes qui explosent sur les différents intervenants adultes, le tout en maintenant l'aspect réaliste qui domine sur la première heure (celle-ci bénéficiant d'une bonne gestion de l'espace et des gros plans pour accentuer la tension ainsi que la sensation d'enfermement !).
Or non, le tout change radicalement
de ton, voire de genre, en allant vers le Répulsion de Roman Polanski (oui, encore lui !) ainsi que vers le Shining de Stanley Kubrick, plongeant tête la première dans l'abstraction et la fantasmagorie.
C'est très bien d'avoir pour ambition de prendre entièrement le contre-pied des attentes des spectateurs. Reste que ça arrive trop abruptement pour que ça paraisse couler de source, notamment sur le plan de la psychologie des personnages. C'est trop extrême pour être crédible. En fait, j'y vois surtout soit une incapacité ou une paresse du cinéaste pour ce qui est de mettre en scène des évolutions cohérentes, de continuer à creuser les nombreuses thématiques difficiles, humainement parlant, à avoir été esquissées, et, tout simplement, de conclure son film. Et cette incapacité, ou cette paresse, il a décidé de la dissimuler de cette manière.
Bon, il y a toujours Renate ♥.