Huis clos très intéressant entre deux meurtriers et les invités qu'ils convient afin de célébrer, sans que personne d'autre ne le sache, ce qui semble être le meurtre le plus parfait. Le personnage interprété par John Dall incarne prodigieusement bien le sadisme, l'avide reconnaissance, la soif de l'idéal morbide qu'il soutient. Le binôme des meurtriers, divisé sur la question de la conscience morale, l'un avouant sa fascination du meurtre bien fait, l'autre demeurant tourmenté par le spectacle que son acolyte donne et par la crainte de se faire découvrir par Rupert, leur ancien professeur, apparemment responsable de toutes les idées insanes qu'ils soutiennent, fonctionne très bien. La répulsion finale qui éclate à travers le personnage de James Stewart est une belle tirade, mêlant désolation et digne réaction face à l'horreur. le film est le lieu d'une réflexion intéressant, quoique inaboutie sur la conscience morale, le droit de tuer plus faible que soi, le respect de la personne humaine, enfin. S'il est pertinent, de la part de John Dall, de chercher à s'innocenter en invitant ses amis autour du cadavre de l'homme qu'ils ont tué (comment soupçonner, en effet, un cadavre sous la table où le repas est servi ?), on regrettera néanmoins des propos très bas de plafond sur "l'art du meurtre", "les privilèges de l'élite" que les dialogues font passer pour du nietzschéisme, alors que c'en est une interprétation exorbitante.