Premier film tourné en couleurs d'Hitchcock, La Corde met à l'écran Brandon Shaw (John Dall) et Philip Morgan (Farley Granger) dans le rôle de deux étudiants qui vont assassiner un camarade par strangulation, dans le but de se donner des sensations fortes. Ils vont alors cacher le corps dans un buffet, sur lequels ils dîneront lors d'une fête organisé, pour parachever leur "œuvre". Cependant, le perspicace Rupert Cadell (James Stewart) va remarquer le comportement étrange des deux étudiants.
Tourné dans ce qui semble être un seul plan séquence grâce à l'utilisation de coupures, parfois assez étranges (les coupures dans le dos), mais qui restent discrètes, ce film prend les accents d'une pièce de théâtre, tant par les appartés entre les personnages que par le cadre du huis clos, qui permet de se concentrer davantage sur les relations entre les personnages et l'intrigue générale.
La théorie macabre d'une hiérarchie des natures humaines, développée par le protagoniste rappelle à bien des égards le Crime et Châtiment de Dostoievski; la référence au surhomme de Nietzsche est également mentionnée (la référence est en cela mal comprise par le psychopathe protagoniste, qui ne comprend que ce qui justifierait son forfait).
Malgré des dialogues qui semblent parfois forcés (par exemple lorsque Philip Morgan laisse échapper de façon criante que "les livres sont attachés grossièrement" (alors attachés par la corde qui fut l'arme du crime), le film reste cohérent et terriblement intriguant. En effet, malgré l'horreur de la situation, le spectateur semble paradoxalement redouter que le cadavre soit découvert, créant un suspense particulièrement appréciable.
Ce film n'est pas le meilleur d'Hitchcock, mais reste assurément un incontournable.