Bonne nouvelle que ce retour de Gus Van Sant qui n'a pas de mal à hisser La corde au cou au-dessus du panier de la production américaine récente, eu égard à la pauvreté globale de celle-ci, actuellement, obsédée par les blockbusters et avec un cinéma indépendant qui a perdu de son originalité, à quelques exceptions près. Le fait divers qui sert de support à son film date de 1977, mais son acuité sur le plan politique, montrant la face obscure du rêve américain, renvoie assez clairement aux États-Unis d'aujourd'hui. Il pourrait s'agir d'un thriller, mais c'est plutôt à une comédie noire que l'on est confronté, dans un équilibre assez bien maîtrisé entre la tension du duo au premier plan et l'environnement sidéré autour d'eux, à commencer par le traitement médiatique de l'affaire. Le cinéaste ne commet pas l'erreur de nous soumettre au syndrome de Stockholm et, bien aidé par le jeu de l'excellent Bill Skarsgård, ne manque pas de subtilité ni de malice dans le portrait complexe de son anti-héros, victime et psychopathe à la fois. Effet collatéral de la projection, ces 63 heures de chien rappellent, du point de vue formel, mais aussi par son aspect social prononcé, ce qu'était le grand cinéma américain de cette époque où Un après-midi de chien et beaucoup d'autres montraient une certaine idée de l'excellence et de la pertinence artistiques.