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SuivrePortrait d'un casse-cou
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Dans "La Corde au cou", Gus Van Sant retrouve une intensité narrative qu’on ne lui avait plus toujours connue ces dernières années, en s’appropriant un fait divers typiquement américain pour en faire bien plus qu’un simple thriller. Inspiré de la veine du "true crime", le film s’ouvre comme un huis clos sous tension, une prise d’otage suivie en direct par les médias, - mais se déploie progressivement en fresque sociale- , scrutant une Amérique fascinée par sa propre mise en spectacle.
Le cinéaste orchestre cette montée d’adrénaline avec une maîtrise formelle remarquable : montage nerveux, variations d’échelles, multiplication des points de vue. Tout concourt à créer un sentiment d’encerclement, comme si le ravisseur était déjà prisonnier du regard collectif avant même de l’être physiquement. Cette logique de surveillance diffuse, presque panoptique, rappelle par moments le cinéma de Sidney Lumet, auquel Van Sant rend ici un hommage discret mais perceptible.
Mais là où le film prend une véritable ampleur, c’est dans l’élargissement de son champ. Autour du duo central gravite une galerie de personnages secondaires qui densifient le récit et lui donnent une texture presque organique. L’animateur radio Fred Temple, figure apaisante bercée par une programmation soul, agit comme un médiateur paradoxal entre le chaos et le public. À l’inverse, la jeune journaliste Linda Page incarne une forme d’opportunisme contemporain, où l’événement tragique devient tremplin personnel. À travers eux, le film capte une époque, les années 1970 , mais surtout une mécanique toujours actuelle : celle de la transformation du réel en spectacle.
Gus Van Sant ne se contente pas de reconstituer une ambiance, il ausculte les failles intimes de ses personnages. Derrière la tension dramatique affleurent des névroses héritées, - notamment autour de la figure paternelle - , dépeinte avec une sévérité inhabituelle. L’autorité y apparaît comme une force destructrice, transmettant davantage de blessures que de repères. Cette dimension psychologique, presque souterraine, donne au film une profondeur inattendue et l’éloigne des standards du thriller classique.
Ce qui frappe, au fond, c’est la manière dont "La Corde au cou" conjugue spectaculaire et mélancolie. Le dispositif médiatique, loin d’être un simple décor, devient le révélateur d’un monde où chacun cherche à exister aux dépens de l’autre. Pourtant, le regard de Van Sant reste empreint d’une douceur désabusée, comme s’il refusait de condamner totalement ses personnages. Une phrase, prononcée à la radio, semble en résumer l’esprit : rien ne dure, ni le bien ni le mal...
Gus Van Sant signe une œuvre à la fois tendue et contemplative, qui interroge notre rapport aux images, à la violence et à nous-mêmes. Un grand spectacle, certes, mais traversé par une inquiétude sourde et une humanité fragile, - et c’est précisément là qu’il trouve sa force.
Créée
le 16 avr. 2026
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