Encore une fois, Welles bluffe par sa modernité. Celui que l'on présente comme un génie, aussi brillant acteur que scénariste et que réalisateur nous le prouve à nouveau avec ce film qui brouille tout ce que le cinéma avait d'évident avant lui.
Richesse des plans, brio du scénario, vertige photographique, hallucinations visuelles...
A l'image de cette longue scène finale, aussi culte que brillante, où les miroirs explosent et dévoilent la vérité, le style foisonnant et excentrique de son auteur fait des merveilles.
Voix off à l'appui, la narration est excellente, intelligemment et écrite et se révèle hautement plus foisonnante et fouillée que ce que le début pouvait nous laisser penser.
Même si l'ensemble a parfois quelques faiblesses au départ, la première partie étant un peu brouillonne et bizarrement compliquée, la seconde rélève du génie.
Les scènes géniales se succèdent, mais l'on retiendra, en plus du final mythique qu'on ne décrit même plus, la longue séquence hilarante du procès où Welles, en reculant sa caméra et en la plaçant volontairement en dehors de l'action, nous présente une justice inutile et risible, plus feuilleton romanesque où spectacle de gladiateur que devoir nécessaire d'une société. Ça se mouche, ça tousse, ça éternue et ça se bidonne. Beaucoup.
Jusqu'à l'apparition gravissime de Rita Heyworth, beauté fatale, qui envenime la scène et mène le film là où on le sait finir.
Brillant dans la fin, plus bancale au début, le film est une réussite, d'une modernité fulgurante.