L’adolescence, je trouve ça fascinant. C’est quand même une période de changements énormes. Dans les têtes, dans les corps physiques et sociaux, tout change et personne n’est vraiment prêt pour ça.
Et bien, y a de ça dans La danse des renards. On a là un film qui pose un regard sur l’incertitude de l’adolescence à travers des prismes hyper concrets. Sur ce que c’est, quand on est ados, de ne pas savoir où on en est ni ce que l'on va devenir
En passant plein de contrastes, Valéry Carnoy pose des situations qui ouvrent des possibles.
Pour Camille, qui se questionne en permanence sur ce qu’il vit, comment il le vit, avec qui et pourquoi ça lui arrive à lui.
Ensuite, pour son meilleur pote Matteo et ses doutes à lui sur le regard des autres, sa place dans le groupe et une absence de repères parentaux solides.
Et pour cause, tout le monde doute, tout le monde.
Puisque l'adolescence c'est la prise de conscience que l'on peut être quelqu'un d'autre, que l'on peut se dissocier du groupe, tout est possible donc tout est incertain.
Le rapport de l’individu au groupe et sa réciproque est très important ici. Qu'il s'agisse de s'y intégrer ou de s'en éloigner, les ruptures sont nombreuses, brutales et soudaines. Du jour au lendemain, le collectif peut se retourner contre moi.
Tout ça dans le cadre d'un contexte dont la vie est rythmée par un sport où on se fout sur la gueule à base de gnons, pains et parades bien senties.
Et au milieu de tout ce boxon, un des nombreux paradoxes de l'ado. On veut exprimer son individualité mais on a besoin de l'autre et de se conformer à la société pour être intégré.
D'où les questions d'appartenance qui ressortent particulièrement dans ce contexte.
Bon, déjà, y a le genre.
Camille, prénom non genré, est un type qui exprime une certaine masculinité alternative dans son groupe. Sa sensibilité, ses vêtements, son attitude envers les filles de son âge tranchent avec l'attitude des autres boxeurs.
Et tout ça trouve un écho dans la relation qu'il entretient avec Yas.
Ces deux ados qui se rapprochent mais dont la nature de la relation ne sera jamais vraiment révélée représentent à eux deux des parcours différents mais qui trouvent une complémentarité élégamment mise en scène.
L'un fait de la boxe anglaise, ne se battant qu'avec les poings et l'autre du taekwondo, ne frappant qu'avec les pieds. Plus encore, toucher le visage y est interdit, on ne peut attaquer la tête qu’au niveau du casque alors que Camille comme ses camarades ressortent ensanglantés ou tuméfiés de coups.
Les biceps, deltoïdes, abdos et autres muscles de la partie supérieure étant prépondérants dans le rapport au corps des masculinistes, j'y vois une manière d'opposer pour compléter. Les dangereux abrutis qui prônent des discours archaïques mettent en avant les gros bras car c'est ça être un homme, un vrai. Pourtant, Yas sait montrer les poings quand elle veut défendre.
Ce que le film montre, c’est comment un ado peut trouver sa place dans l’altérité.
L'un semble prédestiné à une grande carrière de compétiteur, l'autre veut devenir entraîneuse. Deux visions de l’avenir, de sa carrière et de sa place dans le monde. L’un ne vit que pour la boxe, l’autre s’entraîne pour une audition en tant que trompettiste.
Apprendre par l’autre, à changer de focale sur le monde. Le film ne prend plus comme seul sujet le changement mais la maturité.
Le fait est que Valery Carnouat a travaillé lui-même en sport étude, a bossé son sujet et le met en scène avec un recul. Et ça, bah ça change tout.
Tout le parcours de Camille tient dans un contexte en apparence paradoxal : celui d’évoluer en exprimant une masculinité différente quand la violence, contrôlée ou non, est omniprésente.
Camille est confronté à sa propre limite corporelle. Il doit revoir sa stratégie qui consistait à toujours encaisser avant de porter les coups. Lui qui était promis à un avenir de champion se met à souffrir... dans sa tête..
Il se sent différent, ne comprend pas et évolue dans un groupe qui lui impose d’aller de l’avant.
Au fond, qu'est-ce que la chasse au renards telle qu'elle est présentée ici ? Un moment où tout le village est ramené pour réprimer une nature qui est allée trop loin. Les ados y sont interdits et les hommes omniprésents. Le parallèle est même assumé quand les mecs pissent sur le lit pour marquer leur territoire. Les hommes se comportent comme des animaux sociaux.
Une chasse contre ce naturel, c'est littéralement ce qui se passe en société quand l'adolescence vient bousculer les codes du monde des adultes.