Chabrol, Perkins, Welles, Piccoli… et pourtant...

Sur le papier, La Décade prodigieuse de Claude Chabrol avait tout pour être un grand thriller : Anthony Perkins, Orson Welles, Michel Piccoli, Marlène Jobert, une grande demeure isolée, des secrets de famille, du chantage, de la culpabilité et une bonne dose de psychanalyse. Bref, normalement, on devait sortir de là avec quelques cauchemars sous le bras.


Et pourtant, pour moi, ça ne fonctionne qu'à moitié. Adapté d'un roman d'Ellery Queen, le film raconte le retour de Charles, jeune homme fragile et amnésique, dans la demeure de son père adoptif Théo, milliardaire autoritaire interprété par Orson Welles. Son ancien professeur, joué par Michel Piccoli, l'accompagne et découvre rapidement que cette famille est aussi saine qu'un frigo oublié pendant trois mois.


Le principal problème vient du rythme. Le film paraît beaucoup plus long qu'il ne l'est réellement. L'intrigue avance par révélations successives, souvenirs et explications, avec un montage parfois décousu. Et surtout, on devine assez rapidement où Chabrol veut nous emmener. Pour un thriller, c'est embêtant : quand le spectateur commence à comprendre le mystère avant les personnages, la tension prend les escaliers et s'en va tranquillement.


Pourtant, l'atmosphère est intéressante. Le château de la Léonardsau, en Alsace, constitue un décor formidable. Chabrol aurait pu en faire une véritable maison de cauchemar : davantage de nuits, de couloirs sombres, d'ombres, de portes entrouvertes, de silhouettes inquiétantes… Mais la mise en scène reste étonnamment sage. La photographie de Jean Rabier est élégante, mais j'aurais aimé quelque chose de beaucoup plus oppressant.


Le casting est évidemment magnifique. Anthony Perkins joue encore ce personnage fragile, inquiétant, torturé qu'il connaît depuis Psychose. Il est excellent, mais on a parfois l'impression qu'il est venu avec son personnage dans ses bagages. Marlène Jobert est très bonne, comme toujours, mais son rôle manque de profondeur. Michel Piccoli, en revanche, est particulièrement intéressant : calme, intelligent, presque rassurant, mais avec cette petite ambiguïté qui fait immédiatement naître le doute. Et puis il y a Orson Welles. Quelle présence ! Mais Chabrol ne semble pas vraiment savoir comment utiliser cette montagne de cinéma. Welles reste presque extérieur au film, massif et mystérieux, mais finalement assez peu exploité.


La musique de Pierre Jansen, fidèle collaborateur de Chabrol, apporte heureusement une vraie étrangeté au récit. Elle contribue davantage au malaise que certaines images.


Petite curiosité : Karl Lagerfeld signe les costumes. Oui, Chabrol, Welles, Perkins, Piccoli, Jobert et Lagerfeld dans le même film. Avec une équipe pareille, même une partie de Monopoly aurait dû devenir un chef-d'œuvre. Le film fut d'ailleurs considéré comme un échec, et Chabrol reconnaîtra lui-même qu'il l'avait raté.


La Décade prodigieuse est surtout une occasion manquée. Il y avait les acteurs, le décor, la matière psychologique et l'ambiance. Mais l'ensemble manque de tension, de noirceur et surtout de surprise. J'aurais voulu un Chabrol beaucoup plus pervers, plus sombre, plus mystérieux. Un film intéressant pour son casting et son atmosphère, mais certainement pas l'un des grands Chabrol. Et avec Perkins, Welles, Piccoli et Jobert réunis dans une maison pleine de secrets, franchement, on était en droit d'attendre un peu plus qu'une simple visite guidée du grenier familial.

Monsieur-Chien
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le 19 août 2026

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Monsieur-Chien

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