Tout ce que l'on voit dans La Déesse, Ray le fait mieux ailleurs. Ou plutôt le fera mieux ailleurs, parce qu'il s'agit de l'un de ses premiers films, et que c'est pour cette raison justement que je reste admiratif de sa manière si simple de mettre ses personnages et le sujet au premier plan d'une intrigue épurée quand il aurait été si aisé d'abuser du cadre « historique » pour sombrer dans le tape-à-l'œil. Au contraire, rien n'est plus beau que les deux protagonistes se prenant dans les bras l'un.e de l'autre au milieu des roseaux, rien n'est plus fort que le film replaçant une mèche rebelle en surplombant enfin un père perdu, des sentiments simples pour une opposition un peu primaire entre l'obscurantisme de la religion et l'épanouissement individuel, par laquelle on se laisse porter justement parce qu'elle est quasi allégorique - et en se disant qu'elle était peut-être plus révolutionnaire dans la société indienne de 1960 qu'elle ne nous paraît l'être à nous, Français de 2023.
6,5/10