C'est quand même bien bancal tout ça. Pas mauvais pour autant, et 2h20, c'était le minimum. Je peux pas dire que ça brille par son rythme parce que, c'est déjà un premier défaut en fait, la narration.


Les sauts dans le temps, les flashbacks, c'est possible, dans une histoire qui prend place sur autant d'années, c'est même sensé comme choix de mise en scène, mais faut savoir quoi raconter. Il n'y a aucune raison d'alterner ces deux époques (Le Mengele de la fuite et celui des dernières années je précise. On parlera des scènes pendant la guerre après) car elles ne reposent pas l'une sur l'autre. L'une est en mouvement constant, se déroulant sur des années, l'autre est statique et semble se passer sur quelques jours, quelques mois. 2 films collés en 1 et mélangés, qui semblent ne rien apprendre l'un de l'autre malgré les liens évidents qui auraient pu être tissés. C'est d'autant plus frustrant lorsqu'une partie semble être beaucoup plus intéressante à montrer que l'autre.


D'un côté, on a une confrontation père/fils en huis clos où un Nazi en fin de vie rempli de haine et d'aigreur voit pour la dernière fois tout ce qu'il a construit, disparaître. Explosif, jouissif, cruel. Ces séquences sont tout ce que j'aime.


De l'autre, une fugue, qui ne montre pas ce qu'elle doit montrer pour atteindre le stade de la pertinence. Jamais désagréable mais on aimerait suivre Mengele lors de tous ces changements, on ne vit jamais ces transitions, le film s'empressant de retourner dans l'autre temporalité. En 10 ans, il doit changer 4 fois de vies, de pays et on ne montre que le Mengele installé. C'est bien parce qu'il développe une paranoïa sur des éléments qui lui arrivent de l'extérieur, lui qui est de plus en plus coupé du monde. Mais ce manque de contexte est contradictoire avec ce que le film essaye de nous montrer sur ce que c'est que d'être un SS fugitif. Est-ce que c'est complexe et il doit se cacher ? Oui. Mais en fait non, tout le monde s'en fout de lui. Mais en fait si, le MOSSAD est à ses trousses. La mise en scène ne suit jamais stylistiquement ces changements politiques, restant sur le même ton d'oppression, même quand la situation semble calme pour tout le monde. Et si c'était le but de montrer un Josef Mengele à l'affut de tout ? Possible. Mais dans ce cas c'est assez caricatural (Notamment dans le jeu, avec ce August Diehl aux yeux écarquillés) et ça ne le fait plus sombrer dans une parano et une solitude, vu que les évènements extérieurs n'auraient pas et n'auraient jamais eu aucune incidence sur son comportement (Ce qui est faux, quand on voit à quel point Mengele s'appuie sur le monde pour lister ses malheurs).


Je n'ai pas encore parlé de la troisième temporalité, la seule en couleur, celle se déroulant pendant la Seconde Guerre Mondiale. (ça casse les codes, vous l'avez ? Le présent est en noir et blanc, le passé en couleurs. Je le dis avec ironie mais c'est pas mal dans le fond), c'est le plus gros furoncle du film. On retourne dans les années 40, trois ou quatre fois et c'est nul, nuullll. Dans le concept, je trouve ça dommage de croire qu'on ne peut pas créer le choc sans images explicites. Et qu'on ne peut pas faire ressentir des regrets et une nostalgie en montrant tout simplement l'homme empreint de nostlagie (Surtout que c'est ce que le film promet lors de sa première partie. La vie après, le Reich est mort, sauf dans la tête de quelques illuminés, c'était super comme ça) C'est exactement ce que font ces flashback, montrer au lieu de faire vivre. Le paroxysme de la connerie c'est ce moment. Mengele va parler, il va dire ce qu'il faisait à Auschwitz. Je veux l'entendre chercher ses mots, s'exprimer avec froideur, voir le regard de son fils indigné. Mais non, fond noir, une caméra filmait à l'époque donc montrons ce qu'elle capturait. Et c'est parti pour une séquence onirique (Le côté mi-intra, mi-extra diégétique des séquences, quel caca ça aussi. La musique performé devant la caméra, les dialogues sans sons, sous-titrés, alors que le tout provient d'une caméra muette de l'époque, mais fallait bien savoir ce que se disait les deux médecins à 5 mètres, je ne sais pas si c'est clair ce que je dis, ceux qui ont vu le film comprenne) sur l'horreur des expériences de Mengele qui frôle l'indécence et le mauvais goût. Et paf ! Retour sur le père et le fils et Mengele qui dit "Voilà comment ça s'est passé." Mais non en fait ! Le réal a pas osé détailler par des mots et un visage, il a préféré faire des gros plans sur des ouvertures de cages thoraciques. C'est moins impactant, moins ancré dans le propos du film, ça n'a pas sa place là. Et 10 minutes plus tard, on a le Mengele des années 60 qui rejette son titre d'"Ange de la mort" en détaillant les actions de ses confrères, plus atroce les unes que les autres. Et là, ça marche parfaitement. Sa mauvaise foi, sa colère, l'accumulation d'éléments. Et la caméra ne le quitte pas, elle n'a pas besoin d'illustrer, son hystérie suffit, tout comme sa froideur aurait suffit pour la scène précédente. C'était en plus l'occasion d'enfin faire un parallèle entre les années 60 et 70 du personnage.


J'ai l'impression d'avoir dit que du mal, alors que j'ai vu tellement pire cette année. C'est pas simplement une question de qualité de l'œuvre, c'est surtout le traitement général que je trouve particulièrement maladroit. Le film a des qualités. Les interprètes, son noir et blanc, toute les parties des années 70, la sobriété de la retranscription de l'époque, gros point fort de Serebrennikov, cette capacité à nous immerger sans artifices. La fin est belle aussi (Quand on s'arrête de suivre le jeune Mengele en fait). Un potentiel énorme, de formidables fulgurances, mais des assommantes énormités, racoleuses et moches.



SikouilleTrwabitte
5

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le 25 oct. 2025

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