Dès son titre, La Fabrique du Mensonge promettait beaucoup pour le masqué.
Soit une véritable plongée dans les rouages du IIIème Reich et de sa machine de propagande. Soit la démonstration de son emprise sur les esprits et de leur pénétration lente soutenant l'accession d'Hitler au pouvoir et la dissémination de sa haine.
Soit un sujet des plus passionnants.
Sauf que l'on nourrit au fur et à mesure de la séance des sentiments contrastés.
Car oui, La Fabrique du Mensonge est passionnant à suivre et nous rappelle certains aspects du régime que l'on ne voit pas souvent à l'écran. Comme les tromperies de Goebbels et la réaction de sa femme Magda, qui auraient pu être à l'origine d'une véritable crise de régime.
Mais. Car il y a plusieurs « mais ».
Le film semble tout d'abord s'être trompé un peu dans son titre. Car la démonstration du fonctionnement de toute la propagande déployée se concentre sur la figure de Goebbels, reléguant d'autres figures célèbres dans l'ombre ou au rang de simple silhouettes, telles Leni Riefenstahl.
Et de se rendre compte, donc, que La Fabrique du Mensonge se focalise au bout du compte sur un portrait de l'éminence grise du Fuhrer, et non seulement sur le fonctionnement de cette désinformation perpétuelle, qui oublie au passage, par exemple, son emprise et la prise en charge des plus jeunes esprits.
Et de se retrouver avec un portrait plutôt fidèle dans les idées que l'on a du personnage, que l'on a gardé de nos études, mais qui vire parfois de manière malheureuse et maladroite à la caricature , comme lorsque ce véritable VRP s'enivre de sa propre rhétorique dans une forme d'extase totalement hors sujet faisant que l'on sort immédiatement du film. Faisant de Goebbels une simple figure du mal pimpée de la toxicité nécessairement liée à son genre, parasitant l'histoire de notre vision des choses actuelles.
Oubliant un peu au passage que Goebbels n'était qu'un homme, dans toute sa faiblesse et son aveuglement.
Tandis que le film affiche une volonté des plus scolaires d'avertir, dès ses premières minutes, de son ambition de sensibilisation et d'identification de l'actuelle montée des populismes en Europe. Comme s'il fallait ouvrir les yeux d'un public auquel l'oeuvre nierait toute intelligence élémentaire.
Tous ces détails accumulés ternissent quelque peu le ressenti éprouvé devant cette Fabrique du Mensonge, qui n'est ainsi jamais en mesure de rivaliser avec d'autres films sur la même période, dont l'immense La Chute en premier lieu.
Mais l'oeuvre aura au moins le mérite, en filigrane et au bénéfice du télescopage de sa sortie avec l'actualité, de rappeler que le populisme actuel, c'est aussi la résurgence de cette instrumentalisation de la montée de l'antisémitisme, via l'évocation de « documentaires » tels Le Juif Eternel. Une instrumentalisation loin d'être l'apanage d'un « extrême », mais aussi d'une « ultra » et dont elle fait actuellement et complaisamment son miel.
Non, décidément, le cinéma, comme l'Histoire ou la politique, n'est pas seulement qu'une affaire de « détail ».
Behind_the_Mask, ♪♫ Génération... désinformée.