Premier long-métrage d'Abdellatif Kechiche, "La faute à Voltaire" possède déjà les caractéristiques de l'oeuvre à venir du réalisateur d'origine tunisienne : thèmes sociaux, style naturaliste, personnages hors-normes, filmés sur le vif et en gros plan, avec empathie mais sans misérabilisme.
Ici, on suit les périgrinations de Jallel, immigré tunisien arrivé récemment en France, sans papiers mais pas sans ressources, et de ses divers compagnons de "galère", croisés ici ou là, qui dans un foyer d'accueil, qui dans un bistrot, qui dans un hôpital psy...
Dans une première partie rythmée et très réussie, Kechiche s'attarde sur la rencontre de Jallel (Sami Bouajila, parfait) avec Nassera (Aure Atika, pulpeuse et fragile), une charmante serveuse métisse dont il se rapproche rapidement, jusqu'à dessiner ensemble le projet d'un mariage blanc...
La seconde partie, loin d'être ratée, s'avère moins prenante, avec une chute de tempo en rapport avec la liaison entamée par Jallel avec une jeune patiente déséquilibrée, souffrant de nymphomanie : Elodie Bouchez est tout à fait crédible, mais ses scènes sont assez redondantes.
Le film retrouve toute sa verve pour son dénouement en deux temps : entre scènes de fête et de bonheur partagé, magnifiant peut-être un brin la vie de ces marginaux, et twist final inévitablement tragique, l'émotion est à son comble dans ces vingt dernières minutes, qui rendent justice à une œuvre singulière et à un cinéaste en devenir. Eprouvant et émouvant