Vu dans sa version restaurée, le film a incontestablement de la gueule. En écran large et technicolor, les décors, costumes de la cour et uniformes de soldats donnent du cachet au film. Quel dommage que son contenu soit si creux.
Pourquoi faire court quand on peut faire bavard? Le scénario de Suzanne Arduini (l'actrice Suzy Prim) et la réalisation de Jean Dréville s'entendent pour faire de l'action du jeune marquis de Lafayette en faveur de l'indépendance américaine (le film ne va pas au-delà) un grand moment d'ennui.
Il en parle longtemps de l'Amérique, Lafayette, tellement longtemps qu'après une heure de film, il n'est toujours pas parti. Le récit s'étire en palabres inutiles, qui le sont d'autant plus que les quelques personnages historiques que l'on croise sont bien faiblement incarnés, qu'ils soient Louis XVI, en roi veule, et son premier ministre Maurepas ou l'insignifiant Benjamin Franklin, sous les traits méconnaissables Orson Welles. C'est tellement superficiel et mal écrit qu'on en vient à douter de la vérité historique attachée aux faits et aux hommes.
Lafayette lui-même n'échappe pas à la médiocrité générale des personnages ; c'est une figure lisse qui n'existe qu'à travers sa fougue et son attachement à l'idée de liberté. Michel Le Royer est tout juste une abstraction qui récite à chaque instant la noblesse de ses sentiments. Sa composition est vraiment mauvaise. La relation entre Lafayette et le transparent Georges Washington est constamment dans le verbiage, qui invoque, par avance, l'idée républicaine en marche des deux côtés de l'Atlantique.
Pourquoi avoir confié à Jean Dréville cette superproduction européenne? Était-il le plus qualifié? Le cinéaste, déjà avare en séquences d'action, propose des scènes de combats sans ressort ni panache malgré la nombreuse figuration et les jolies couleurs sur le champ de bataille. Finalement, il propose une leçon d'Histoire entièrement soporifique.