Il y a quinze ans on avait mis beaucoup d’espoirs en Paul Feig, un réalisateur qu’on avait découvert avec un modèle de comédie. C’était « Mes meilleurs amis » et ses demoiselles d’honneur en folie. De l’humour aussi gras et outrancier que maîtrisé qui faisait mouche et avait fait un carton au point de devenir une référence du genre. Il avait enchaîné sur deux comédies d’action très sympathiques (« Les Flingueuses » et « Spy ») puis s’était cassé les dents sur le remake au féminin de « S.O.S. Fantômes » qui avait déçu bien du monde (alors qu’il n’avait rien de véritablement déshonorant) avant de revenir en force avec le génial thriller girly à tiroirs mâtiné de comédie, « L’Ombre d’Emily ». Un directeur de femmes fortes donc, qu’elles soient manipulatrices, vénales, sottes ou encore des femmes d’action. Mais depuis cet opus avant la crise sanitaire, on semblait avoir perdu ce sympathique faiseur à défaut de grand réalisateur qui nous a gratifié de films sans intérêt (« Last Christmas », « L’École du Bien et du Mal », ...) voire de navets complètement nuls comme le récent « Jackpot ». Mais le revoilà avec ce qu’il sait faire de mieux grâce à « La Femme de ménage ».
En effet, en adaptant le roman de la britannique Freida McFadden, gros carton en librairie partout dans le monde, il revient avec ce qu’il maîtrise parfaitement. En l’occurrence, un suspense au féminin avec quelques notes d’humour. Un matériau de base parfait pour le cinéaste qui nous offre une adaptation à son image : légère, captivante et tordue. Dès le début, on a l’impression de revenir à ses thrillers domestiques ou conjugaux qui fleurissaient dans les années 90 du style « La Main sur le berceau » ou « Liaison fatale » ou ces réminiscences récentes telles que « La Fille du train », autre adaptation de best-seller. Mais, plus on avance, plus on sent que le script se sert de l’adaptation pour en faire un pot-pourri tournant parfois presque vers une parodie du genre, en jouant à pousser dans leurs retranchements les codes de ce type de suspense cadenassé.
À l’image, l’intrigue de ce livre a une fâcheuse impression à tourner vers l’improbable si on y regarde de plus près. L’histoire est tarabiscotée au possible, voire complètement tordue, mais c’est ce qui fait aussi le charme du film. Le rire nous vient parfois mais c’est assumé et volontaire. C’est le même type d’humour noir que nous avait offert la claque « Weapons », plus tôt cette année : très noir. En outre, « La Femme de ménage » a le mérite de ne jamais nous ennuyer durant plus de deux heures faisant alterner le côté intrigant du postulat avec un attachement pour ces personnages complètement barrés. Et, bien sûr, il y a des rebondissements à une cadence assez importante pour nous surprendre de manière ludique. Et il faut avouer que si l’on sent que tout n’est pas comme il paraît, difficile de les deviner si on n’a pas lu le livre, ce qui est encore plus jubilatoire.
On apprécie aussi le casting proposé pour ce passage à l’écran du premier tome de cette saga (elle en compte trois, ce qui voudrait dire deux suites en cas de succès). Sydney Sweeney est impeccable en petite oie blanche mais c’est Amanda Seyfried en femme complètement névrosée et bipolaire qui attire tous les regards. Quant à Brandon Sklenar, qu’on avait trouvé fade au possible dans « Jamais plus » et « Drop », il est ici bien plus pertinent dans le rôle du mari charmeur. Alors certes, la mise en scène de « La Femme de ménage » est un peu paresseuse et on a déjà vu mieux dans le genre (« L’Ombre d’Emily », entre autres et justement) mais ce suspense domestique actualisé à la sauce féministe d’aujourd’hui où on pousse les curseurs de l’outrance à juste à point est tout à fait délectable. Un sous « Gone Girl » sous acide et bis en quelque sorte.
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