Dans leur propriété de banlieue, les Desvallées donnent l'image doucereuse du bonheur bourgeois. Chabrol brise vite cette image trop lisse en laissant entendre que l'épouse a un amant. Et comment en serait-il autrement? Elle est le modèle de la bourgeoise oisive qui s'ennuie tandis que le mari, absorbé par son travail, est sympathique mais terne.
Chabrol ne réinvente en rien le classique cas de figure mari-femme-amant. Au contraire, il en donne une lecture très simple, revient aux sources si l'on peut dire, en se refusant à de quelconques effets singuliers ou rebondissements spectaculaires.
Même si l'assassinat de l'amant sort quand même du contexte le plus courant de l'adultère!
L'interpretation contribue naturellement, autant que la mise en scène, à la vérité des personnages. Michel Bouquet, plus particulièrement, donne à son emploi de bourgeois cocu une humanité intéressante et sensible qui ne relève évidemment pas du vaudeville et pas davantage d'un figure de polar. Froid et impénétrable, Charles Desvallées ne trahira, malgré ses soupçons et sa jalousie, qu'une seule fois son émotion. Emotion fatale au terme d'une entrevue aussi brève qu'incongrue.
La suite relève d'une situation policière et psychologique très hitchcockienne. Chabrol met en scène un drame classique qui n'est dépourvu ni d'ironie ni de sensations et qui reste dans une constante justesse.