Il existe une liste, la Fatality List, qui recense chaque année les morts du wingsuit. Trois amis de La Fiera y figurent. Le film raconte comment ils y sont arrivés, et il y a quelque chose de presque insoutenable dans le fait que le seul qui devait leur survivre, Carlos Suárez, soit mort en tournant les scènes qui racontent la chute de ses propres amis.
Salvador Calvo, réalisateur d'Adú, filme moins un drame qu'un hommage... et cette différence change tout. Cinq amis, une passion qui devient une pulsion, un vide qui les attend un par un.
Calvo ne filme pas des chutes, il filme une adhésion totale. La caméra suit chaque saut avec un montage qui privilégie la vitesse et le vertige plutôt que le danger, comme si le film lui-même refusait de regarder ailleurs que vers le ciel.
La bande-son, elle, surprend : du flamenco, un montage agile, une euphorie visuelle qui accompagne des corps suspendus au-dessus du vide suisse. Cette énergie finit pourtant par se retourner contre le film : à trop admirer ses personnages, il renonce à les questionner.
Miguel Bernardeau, Carlos Cuevas et Miguel Ángel Silvestre n'incarnent pas des cascadeurs, ils incarnent une fraternité qui refuse de voir le danger comme un ennemi. Un mélange de grâce suicidaire et de tendresse virile qui rend chaque scène au sol presque plus tendue que les sauts eux-mêmes. Aucune hésitation avant le saut... Juste le vide, ACCEPTÉ.
Ce n'est pas un film sur le risque, même si on nous le vend comme tel. C'est un film sur ce qu'on est prêt à devenir pour ne jamais redescendre tout à fait, et sur ce que ça coûte à ceux qui restent au sol.
On a beaucoup salué l'hommage, la camaraderie, la beauté du vol. Peu ont voulu QUESTIONNER ce que le film refuse de faire lui-même : interroger une seule fois la décision de continuer à sauter après chaque enterrement.
On pense forcément à Point Break pour l'adrénaline, sauf qu'ici, aucun personnage ne cherche la rédemption, ils cherchent juste à ne plus jamais atterrir pour de bon.
Il ne cherche pas à nous faire peur du vide. Il veut qu'on comprenne pourquoi certains n'ont jamais eu peur de lui.
Un hommage sincère, une prudence permanente... Rien de plus.
La Fiera remet en scène ce qu'on refuse d'admettre chez soi : la fascination pour ce qui pourrait nous tuer, l'admiration qui empêche de questionner, la difficulté de dire stop à quelqu'un qu'on aime.
On ne sort pas de La Fiera en pensant au wingsuit. On en sort en pensant à Carlos Suárez, mort en rejouant la chute de ses propres amis, et à cette LISTE qui continue de s'allonger.
Alors... qu'est-ce qui est le plus vertigineux : sauter dans le vide, ou raconter une histoire qui a fini par y engloutir jusqu'à son dernier SURVIVANT ?
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