Film d'atmosphère, La fièvre est aussi une œuvre sociale et politique qui passe subtilement un certain nombre de messages sur l'aliénation des vies urbaines, l'acculturation et le racisme, entre autres. Subtilement oui car tout est suggéré derrière la routine que vit le héros du film, d'origine indienne, qui travaille comme vigile sur le port de Manaus, et habite avec sa fille qui va bientôt le quitter pour poursuivre des études de médecine à Brasilia. La fièvre que subit cet homme a valeur de symbole alors que l'éloignement de ses racines et de sa culture semble le ronger tandis qu'une bête sauvage rôde tout près. L'élégance de la mise en scène de Maya Da-Rin, dont on perçoit aisément son expérience de documentariste, transforme le naturalisme vers un climat plus fantastique, accentué par une maîtrise parfaite des sons inquiétants de la jungle qui n'est jamais très loin dans une ville comme Manaus et qui vient rappeler que l'Amazonie est, malgré l'activité humaine, avant tout un sanctuaire de la nature et des animaux qui la peuplent. A côté de moments tendus, le film réussit joliment les scènes plus intimistes, entre un père et une fille ou deux frères, d'où sourd une certaine tristesse quant à des modes de vie ancestraux en voie de disparition. La fièvre n'est pas très spectaculaire, c'est évident, et le plan final est assez énigmatique, mais sa cohérence formelle et dans le discours, de même que sa sensibilité aigüe sont indéniables et ne peuvent que toucher.