Je ne pense pas que vous m’en voudrez de préférer le titre de l’œuvre originale, qui pourrait se traduire à peu près par « L’arrivée du matin me rend mélancolique », nettement plus poétique que le plat La Fille du Konbini. Ce dernier ne réduit en plus la protagoniste qu’à sa profession. Certes, elle participe grandement à l’identité sociale, mais aussi intérieure (je vais revenir sur ce point plus loin !) de notre personnage ; cependant, celui-ci, tout comme ce long-métrage, ne peut se résumer à cela.
Non, c’est surtout l’histoire d’une jeune Japonaise qui a trouvé le courage de renoncer, par elle-même, à une position sociale prestigieuse aux yeux de la société pour une autre clairement plus modeste — à savoir celle d’employée de supérette, donc de konbini — au nom de son propre bien-être. Et dans ce film d’apparence lui aussi modeste — par sa durée assez courte (76 minutes), par son absence de grands rebondissements, par ses enjeux qui restent à l’échelle de l’intime —, c’est beaucoup. Et c’est donc aussi beaucoup pour la plupart des spectateurs, quelle que soit la partie du monde où ils existent, qui peuvent s’identifier très facilement à la simplicité de la situation de cette jeune femme, car ils pourraient vivre la même chose.
Et si notre héroïne du quotidien a déjà trouvé le courage de chercher le bonheur, elle n’a pas encore trouvé celui de l’avouer à ses proches. C’est à travers ses relations professionnelles et quelques rencontres — en particulier celle avec une ancienne amie de lycée avec qui elle va renouer — qu’elle va graduellement pouvoir assumer ce qu’elle est et enfin sortir de cet état mélancolique évoqué dans le titre original.
L’ensemble, porté par une atmosphère aux très rares et très brefs éclats, par des couleurs apaisantes en grande majorité automnales (même lorsque des couleurs vives apparaissent, à l’instar de l’uniforme jaune et orange des employés de konbini, elles ne sont pas du tout agressives pour l’œil !), par une protagoniste attachante (jouée par l’excellente Erika Karata — déjà croisée dans Love on Trial de Kôji Fukada et surtout dans le rôle principal d’Asako I & II de Ryûsuke Hamaguchi !), ainsi que par un discours de fond précieux et chaleureux, constitue une bulle de douceur agréable à savourer du début à la fin. Et, dans notre monde de brutes, qu’est-ce que cela fait du bien !