Sensiblement réduit pour revenir à une durée raisonnable, le film d'Abel Gance souffre à l'évidence de son redécoupage et remontage tant la mise en scène parait manquer de cohésion et d'unité.
On découvre dans "La fin du monde", premier film parlant de Gance, le cinéaste en personne, en jeune homme romantique affligé par le comportement des humains, ainsi que, dans le rôle de son scientifique de frère, le sévère Victor Francen. Celui-ci, repérant une comète filant droit vers la Terre, programme rien moins que la fin du monde. Et pour les deux frères Novalic, ce châtiment à la Sodome et Gomorrhe est un mal pour un bien grâce auquel une humanité nouvelle naîtra sur les décombres de l'ancienne, une humanité fraternelle et sans frontières, donc sans guerres.
Je l'ai dit, la mise en scène est un peu confuse, à quoi s'ajoutent nombre d'imperfections techniques et le jeu daté des interprètes: Abel Gance et son humanisme illuminé, Francen, l'inimitable, en Cassandre emphatique. Mais le film est traversé, surtout à la fin, lorsque le péril de la comète est imminent, par des fulgurances, des visions qui sont indéniablement celles d'un auteur, d'un cinéaste inspiré. L'émoi des capitalistes et boursicoteurs, les mouvements des foules paniquées,
cette orgie païenne des dernières heures
forment des scènes spectaculaires, parfois corrosives. Et, en dépit de la légèreté des effets spéciaux et d'une propension à la grandiloquence, l'apogée de ce récit de science-fiction est un singulier moment de cinéma-catastrophe.