CE SOIR SUR ARTE
Il fut un temps où les romans de John Grisham s’arrachaient en librairie et devenaient presque systématiquement des best-sellers. Hollywood n’a évidemment pas tardé à s’emparer de cette mine d’or. Les adaptations étaient alors de véritables films de prestige : gros budgets, distributions prestigieuses et, souvent, un grand cinéaste derrière la caméra.
La Firme est exactement de cette catégorie. À la réalisation, Sydney Pollack, cinéaste chevronné capable de donner de l’élégance aux thrillers les plus classiques. En tête d’affiche, Tom Cruise, alors en pleine évolution dans sa carrière.
Le point de départ est particulièrement efficace : un jeune avocat accepte de rejoindre un petit cabinet qui lui offre des conditions de travail presque trop belles pour être vraies. Très vite, il découvre que derrière cette façade respectable se cache une réalité beaucoup moins reluisante. Le piège se referme progressivement sur lui.
Le film fonctionne parfaitement comme thriller juridique, même s’il ne possède pas tout à fait la puissance ou la singularité des grands classiques du genre. Il est solide, bien construit, efficace, mais il lui manque peut-être ce petit grain de folie qui aurait pu le rendre véritablement mémorable.
À l’époque, Tom Cruise semble encore vouloir se méfier des films d’action et privilégier les projets portés par de grands réalisateurs et entourés de comédiens chevronnés. Il est en quelque sorte en apprentissage, cherchant à démontrer qu’il peut être autre chose qu’une simple star. Face à lui, il trouve un véritable monstre sacré : Gene Hackman.
Et si La Firme conserve aujourd’hui une bonne partie de son attrait, c’est aussi grâce à lui. Hackman interprète un avocat douteux, roublard, compromis jusqu’au cou, mais profondément seul. Il apporte au personnage une humanité inattendue et une vraie mélancolie. Derrière le margoulin, on découvre un homme fatigué, presque prisonnier de ses propres choix. Il est, à mes yeux, le véritable cœur du film.
Le reste du casting est à la hauteur : Holly Hunter, Ed Harris, Gary Busey et quelques autres viennent compléter une distribution particulièrement solide.
La Firme reste donc un thriller juridique de bonne facture, qui se regarde encore avec plaisir plusieurs décennies après sa sortie. Sydney Pollack maîtrise parfaitement son sujet et les comédiens sont impeccables. Il manque simplement au film un peu plus de folie, de noirceur ou de personnalité pour qu’on puisse totalement adhérer.
Un bon film, assurément. Un grand film, peut-être pas.