Gageure que celle de se mesurer au premier chef d'oeuvre de Joseph Conrad pour une adaptation au cinéma. Si l'intrigue est transposée dans un XXe siècle mal défini, le roman est globalement respecté, même si le scénario développe l'intrigue amoureuse de Daïn et Nina.
Je n'ai pas envie de détruire ce film, ne serait-ce que parce que c'est bel et bien du cinéma. Avec un cadre, une bande-son, un montage qui ont été pensés par la réalisatrice pour servir le propos. Ce n'est que le deuxième film de Chantal Akerman que je vois, mais je crois reconnaître un goût pour les sons ambiants, les plans-séquences en cadre fixe, les dialogues rares.
Pourquoi pas, même si le film passe par une forme d'abstraction, en particulier sur la relation d'Almayer aux autochtones, et sur son activité économique. Et je me demande ce qu'un spectateur qui n'a pas lu le livre comprendra : en particulier la scène de l'arrivée de la barque d'Abdullah, qui n'est pas expliquée ni reliée au reste.
J'avais aussi peur d'une forme d'exotisme toc, un écueil facile quand on adapte Conrad. Disons que le film essaie de s'en disculper au détour des dialogues.
Le film est plutôt cohérent, et on ne peut que saluer le timing travaillé des plans, mais il est parfois à la limite du ridicule dans son épure. Et surtout, surtout, il faudrait limite des sous-titres, tant les interprètes, qu'ils parlent en anglais, en malais ou en français, semblent prendre un malin plaisir à prononcer leur texte en mâchant tous les mots. On me dira qu'Almayer est un névropathe, qui se parle à lui même sans prendre la peine d'articuler. Soit. Mais l'expérience, pour le spectateur que je suis, fus inutilement douloureuse.
Rajoutez un point si vous êtes content que ce type de film d'auteur puisse encore être produit en marge des mastodontes popcorns, ou enlevez un point si vous n'aimez que le cinéma de divertissement.
Pour résumer : je respecte profondément la technique filmique à l'oeuvre, mais j'aime trop l'oeuvre d'origine de Joseph Conrad pour ne pas être critique.