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le 4 juil. 2026
SuivrePeau vive
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Je crois que ce qui m’a le plus frappé dans La Frappe, c’est à quel point tout semble humain.
Jusqu’aux mouvements de caméra. Elle ne donne jamais cette impression de perfection désincarnée, de mouvement tellement stabilisé qu’on en oublie qu’il y a quelqu’un derrière. Elle bouge légèrement, elle respire. Et c’est précisément ce qui fonctionne : on ne ressent jamais ces mouvements comme des maladresses. On sent au contraire qu’ils sont choisis.
Avant même de savoir exactement où le film va nous emmener, cela raconte déjà quelque chose de sa nature.
Cela supprime une distance.
Je n’ai pas l’impression d’observer les personnages à travers un cadre parfaitement composé, j’ai l’impression d’être là, légèrement trop près d’eux, dans quelque chose qui vit.
La première scène m’a immédiatement donné cette sensation.
Tout y est extrêmement doux. Extrêmement vrai. Certaines émotions sont parfois tellement infimes qu’on les distingue à peine.
Un regard qui se dérobe, un corps qui se ferme, une manière de se lever, de se tourner, de laisser quelques centimètres de trop entre soi et l’autre.
Rien n’est vraiment souligné, et pourtant tout finit par devenir presque criant.
C’est peut-être justement parce que le film ne nous dit jamais ce qu’il faut voir qu’on le ressent avec autant de force.
Et c’est peut-être précisément là que le jugement devient si fragile : nous ne voyons souvent que ce qui finit par devenir perceptible, sans pouvoir savoir tout ce qui, bien avant, était déjà là.
Dans la scène de la cuisine, lorsqu’ils se retrouvent pour la première fois tous les trois, il suffit qu’elle se lève contre le mur, qu’elle tourne d’abord le dos avant de se retourner vers eux, pour que tout un malaise existe déjà dans son corps.
Un regard. Une hésitation. Une micro-expression. Une phrase qui s’arrête. Un silence.
Et parfois un deuxième silence à l’intérieur du premier.
Une fois qu’on connaît l’histoire, ces silences ne sont plus vraiment des silences. Ils sont remplis de tout ce qui ne peut pas être dit.
C’est probablement pour ça que j’aurais presque envie de conseiller de voir le film deux fois lorsqu’on ne connaît rien de son histoire.
Une première fois pour la vivre. Une deuxième pour comprendre tout ce qui était déjà présent depuis le début.
Et si l’on sait déjà ce qui se joue derrière cette tension permanente, alors on peut observer autre chose : ce que chacun fait de ce qu’il sait, de ce qu’il ressent, de ce qu’il ne dit pas.
Je ne sais d’ailleurs pas exactement ce qui a été donné aux acteurs, ce qu’ils connaissaient, ce qu’on leur a demandé de traverser.
Mais j’ai rarement eu l’impression de voir circuler autant d’émotions différentes sans que le film ait besoin de les nommer.
Et peut-être que j’en projette certaines.
Mais au fond, peu importe : elles m’ont traversé.
Par moments jusqu’à l’angoisse. Jusqu’au ventre retourné. Parce qu’il suffit parfois d’une minuscule mimique, d’un comportement presque insignifiant, d’une réaction qui ne dure qu’une seconde, pour que quelque chose devienne terriblement crédible. Certains traits de caractère, certaines manières de réagir, de se protéger ou de regarder les autres m’ont semblé d’une justesse presque violente.
Et progressivement, le film m’a amené ailleurs que dans son histoire elle-même. Il m’a fait penser à ce qu’on appelle « un être humain » lorsqu’on essaie de le juger.
À ce qui vient de nous. À ce qu’on nous a fait. À nos conditionnements. À ce qui s’est ancré en nous sans que nous l’ayons choisi. Aux événements qui peuvent modifier durablement une manière d’aimer, de se défendre, d’avoir peur, de faire confiance ou simplement d’exister.
On ne peut évidemment pas réduire quelqu’un à la somme de ce qui lui est arrivé, comme si chaque événement produisait mécaniquement la personne qu’il devient. Deux personnes peuvent traverser des choses semblables et ne pas en faire la même chose.
Mais certaines choses pèsent. Elles peuvent nous aider à avancer, nous apprendre à nous construire, parfois nous faire nous perdre, et parfois rendre certaines manières d’être infiniment plus difficiles que d’autres.
Mais malgré tout il reste toujours quelque chose qu’on ne sait pas mesurer.. la manière dont chacun reçoit, transforme, combat, accepte ou porte ce qui lui arrive.
C’est là que le jugement devient terriblement compliqué.
Non pas parce qu’un parcours excuserait nécessairement un acte, ni parce que comprendre abolirait la responsabilité. Mais parce qu’entre « ce qui nous est arrivé » et « ce que nous avons fait », il existe tout un être humain.
Et forcément, cela déborde sur la question de la responsabilité, de la culpabilité, de la peine — jusqu’à la plus irréversible d’entre elles.
Il est beaucoup plus facile d’avoir une position absolue lorsqu’on regarde un acte de très loin.
Pour ou contre.
Coupable ou innocent.
Monstre ou victime.
Mais dès qu’on se rapproche suffisamment d’un être humain, tout devient infiniment plus inconfortable.
Comment prétendre juger parfaitement quelqu’un lorsqu’on ne pourra probablement jamais avoir accès à l’intégralité de ce qui l’a constitué ? À son histoire, à ses fragilités, à ses choix, à ce qu’il pouvait réellement comprendre à un instant précis, à tout ce qui s’est accumulé pendant vingt ou trente ans avant une seconde particulière ?
C’est peut-être ça qui me reste surtout du film.
La sensation brutale qu’un humain est beaucoup trop complexe pour tenir entièrement dans le jugement que l’on porte sur lui.
Et que cette complexité n’est pas une abstraction philosophique : elle est dans une paupière qui bouge, une respiration, un silence trop long, une phrase prononcée légèrement différemment de ce qu’on attendait.
Je pensais jusque-là à mes films préférés comme à un classement impossible à établir. Je crois que je vais plutôt commencer à faire des catégories.
Et s’il existe une catégorie « humain », alors La Frappe vient probablement de prendre la première place.
Créée
le 3 sept. 2026
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