Gemma Blasco ne détourne pas le regard : elle nous plonge dans l’effondrement émotionnel qui suit un viol. La furia est âpre, physique, parfois désagréable—et c’est précisément là que réside son honnêteté. Le film choisit de ne pas montrer l’agression—fondu au noir et paysage sonore—et se concentre sur les ondes sismiques qu’elle laisse : culpabilité, silence, entourage désemparé, et ce mélange de protection et de contrôle incarné par le frère. Ángela Cervantes est phénoménale : elle tient le cadre, le rythme et le film entier avec une interprétation qui glace. Elle est corps, regard, souffle ; elle fait d’Alex une présence qui ne vous quitte pas.
Blasco filme avec une iconographie rouge et organique (la chasse, les viscères, la table, la lampe) et croise le trauma avec la Médée qu’Alex répète : le théâtre comme catharsis et miroir. Tout n’est pas toujours fluide : certains symboles insistent, quelques transitions semblent forcées et le montage fragmenté peut désorienter. Il y a des passages où la fureur vire à la saturation et où la thèse se dilue dans l’assaut sensoriel.
Malgré tout, je préfère ce risque à tout récit « propre » et aseptisé. Et, de grâce, qu’on épargne les lectures misogynes du type « elle exagère » ou « elle se victimise » : ce bruit social fait partie de ce que le film dénonce. La furia ne cherche pas à plaire ; elle dit la vérité d’une plaie ouverte. Oui, cela fait mal à voir—et cela vaut quand même le détour.