"Les frontières, c'est une invention des hommes, la nature s'en fout". Le propos du film se trouve ainsi plus ou moins résumé à cette phrase prononcée par Rosenthal lors de sa séquence finale. Car La Grande Illusion, c'est une ode à la fraternité entre les peuples, un rappel que la guerre est bien souvent l'affaire des dirigeants et non de leurs sujets, portant pour la plupart bien peu d'intérêt à la nationalité, la langue ou même la religion d'autrui : c'est ainsi qu'un officier allemand aidera le français Maréchal au bras emplâtré à couper son repas, qu'une paysanne allemande cachera chez elle ce même Maréchal et le juif Rosenthal en cavale, leur offrant le gîte et le couvert et s'éprenant du personnage interprété par Gabin, ou encore que s'installera une bromance entre le capitaine Von Raufenstein et son homologue français le capitaine Boeldieu, avec en point d'orgue une des scènes les plus touchantes du film, où un géranium nous donnera des frissons au travers d'un plan sublime.
Car les deux sont unis par leur classe sociale, ce sont tous deux des aristocrates, et, si Boeldieu fera montre d'un dévouement absolu envers ses camarades français, l'on voit bien que le lien créé avec son frère de classe est bien plus solide, et que les véritables frontières se situent peut-être là, non pas dans le Rhin où dans la Manche, mais bien entre les différentes classes sociales, entre l'ouvrier, le fils de banquier et l'ingénieur.
Toujours est-il que, des frontières, cela se franchit, et que celle-ci le sera, et en toute beauté.