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le 10 févr. 2026
SuivreLes adieux à l’arène
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Le cru 2025 de la Mostra, comme à Cannes d'ailleurs, était vraiment d'une qualité exceptionnelle. Toni Servillo, qui y joue un président de la République italienne coincé et mélancolique, a d'ailleurs reçu le prix de la meilleure interprétation masculine, récompense amplement méritée tant il donne une épaisseur et une sensibilité touchantes à cet homme au crépuscule de sa vie. Comme s'il avait été lui aussi touché, et le film dans son ensemble, par un soupçon de grâce.
La Grazia mélange intelligemment les genres. La première scène donne le ton : un vieil homme fume à l'aube en regardant les toits de Rome, le regard perdu dans la nostalgie, sur une musique techno assourdissante. Film politique, avec des intrigues terre-à-terre, film policier, lorsque les personnages enquêtent sur les deux demandes de grâce, film d'amour, le vieil homme n'arrivant pas à surmonter la mort de son Aurora, film comique et ses personnages hauts en couleur tels l'extravertie Coco, film familial, presque surtout, la relation père-fille étant le véritable cœur du film.
Le président de la République, vieux juriste chrétien-démocrate surnommé Béton armé, est un homme d'Etat fermé et coincé - un brin caricatural d'ailleurs. Il va s'ouvrir et se livrer peu à peu, au fil des derniers défis mis sur sa route, les grandioses comme les intimes. La loi sur la fin de vie, presque taboue pour un Italien croyant comme lui, le met face à un dilemme d'abord insurmontable. Les deux demandes de grâce, l'une pour un professeur qui a tué sa femme atteinte d'Alzheimer au stade terminal, l'autre pour une femme qui a assassiné son mari violent durant des années, l'ébranlent dans ses convictions. Les tensions avec sa fille, dont il s'aperçoit qu'il ne connaît pas grand chose, se révèlent en blessure intime. Il réalise enfin sa propre faiblesse, lui qui n'arrive plus à vivre après la mort de sa femme, et qui n'arrive pas à pardonner un adultère vieux de 40 ans... La construction narrative, en forme de miroir avec des réflexions et des thèmes revenant en boucle au fil de dialogues entre différents personnages, parvient à subtilement faire naître le changement dans ce personnage rigide. L'amour, la légèreté, la liberté, l'approche de la mort, le devoir et la foi : toutes ces émotions vont s'entrechoquer dans sa tête, qu'il les vive lui-même ou au travers des histoires qu'il rencontre. L'amour pour sa femme et sa fille, l'amour entre la prisonnière et son tortionnaire, entre le professeur et sa femme tuée. La légèreté de l'astronaute, du général fumeur de joint. La liberté après la présidence ou après la prison. La mort de sa femme, les personnes assassinées, sa propre mort toute proche. Le devoir d'un président, d'un juriste, d'un ami, d'un père et d'une fille. La foi en la vie et en la République. Il faut au moins tout ça pour toucher la grâce du doigt.
Je finirai par, je pense, une référence qui a accompagné Paolo Sorrentino du début à la fin de la réalisation de ce film : Ozu. Dans la forme déjà, puisque le film de Sorrentino est ponctué de plans comme des natures mortes, des transitions pleines de sens et accompagnées d'une musique sinon absente - ritournelles chez Ozu, techno chez Sorrentino. Dans les personnages aussi. Combien de fois Ozu a-t-il dépeint un père guindé, avec un grand sens du devoir et aux émotions enfouies très profondément qui ne ressortent, lorsque c'est le cas, qu'à la fin du film. Combien de fois a-t-il évoqué les relations père-fille adultes et le veuvage. Combien de fois a-t-il parlé des différences générationnelles, qu'elles soient culturelles ou sociales (la mode, la musique). Sorrentino a même tourné une scène où le président chante lors d'un dîner avec ses vieux camarades de l'armée, scène que l'on retrouve dans la plupart des films de l'âge d'or d'Ozu, après la guerre. Seul le saké a été remplacé par la cigarette... Et puis, finalement, Ozu n'est-il pas le cinéaste qui a été le plus proche de la grâce ?
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Créée
le 8 févr. 2026
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