Des animaux et des hommes : fable sur la dignité

Comment retrouver une dignité d'êtres humains ?
Cette usine de la Russie tsariste ressemble à un immense parc à bestiaux où l'on exploite les hommes comme des bêtes, avec des conditions de travail insupportables pour des salaires de misère.

Directeur et actionnaires, obèses à force de bouffe, d'alcool et de cigares, crachent la fumée tels des cheminées d'usine. Cette brochette de capitalistes vit comme des porcs. Quelles caricatures ! Les contremaîtres surveillent et pourchassent les ouvriers pour empêcher les réunions, briser dans l'œuf la grève qui couve. De vils mouchards espionnent tout le monde. Leurs surnoms ? La Guenon, le Renard, le Bouledogue, la Chouette. Joli bestiaire. L'un se déguise en mendiant aveugle...

Un ouvrier, accusé à tort de vol, se pend. Cela déclenche la grève, qui dure. Les ressources des travailleurs chargés de familles s'épuisent. Mais l'égoïsme et le mépris de classe des dirigeants les rendent sourds aux revendications : journée de travail de huit heures, hausse de salaire de 30%, respect du personnel... Forçons-les à reprendre le travail ! Les indics et les flics traquent les meneurs, souvent des Bolcheviks. La police à cheval cerne une réunion en plein air et charge. Les participants courent comme du gibier puis trouvent la parade en s'asseyant.

Les patrons refusent toute négociation. Des chats pendus annoncent la couleur. On recrute dans les bas-fonds des provocateurs, véritables taupes sortant de terre. Ils se mêlent aux grévistes et, pour les piéger, pillent et incendient un débit de vodka. Et les pompiers bombardent les familles à coups de lances d'incendie. La scène est forte, spectaculaire, mais interminable. Les citernes peuvent-elles contenir autant d'eau ? Les Cosaques frappent jusque dans les étages d'immeubles. Les cadavres s'accumulent. La scène finale mêle la fusillade des ouvriers à l'égorgement de bovins à l'abattoir. Des hommes massacrent d'autres hommes comme des bêtes.

"La Grève" s'ouvre sur une citation de Lénine : "L'organisation est la force de la classe ouvrière. Sans l'organisation des masses, le prolétariat est nul". Cela oriente l'esprit du film vers la propagande. Maîtres et valets deviennent des créatures abjectes sans aucune qualité. La maîtresse du directeur, lorsqu'ils croisent un ouvrier cerné par des policiers, hurle "Frappez-le !" Toute coexistence semble impossible. Le film énumère des lieux de tueries et ordonne : "N'oublie pas, prolétaire !" La dignité humaine n'est pas à l'ordre du jour.

lionelbonhouvrier
7

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le 27 févr. 2023

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