Premier long-métrage pour Eisenstein, qui venait alors du monde du théâtre expérimental. On y retrouve des maladresses de premier film, notamment un récit qui patine un peu ans l'acte central. Mais à côté, il faut reconnaître l'aspect saisissant, oserais-je dire révolutionnaire de l'oeuvre, qui possède de nombreuses qualités que l'on retrouvera sublimées dans "Bronenosets Potyomkin" (Le Cuirassé Potemkine).
Les premières minutes nous mettent immédiatement dans le bain de cette usine dans la Russie impériale, grâce à un montage totalement fulgurant et ultra-inventif pour l'époque. Plans courts, séquences inversées, utilisations de reflets, ou même une lettre d'inter-titre qui interragit avec un personnage ! Et pas de protagoniste cher au cinéma américain, ici le héros c'est la masse.
Puis l'aspect propagandiste prend (très) rapidement le dessus. Les honnêtes travailleurs du prolétariat (évidemment appuyés par le parti bolchévique) choisissent de faire grève devant l'horreur de leur condition. Ils devront affronter les terribles ennemis inhérents au système tsariste. Les managers impitoyables, les patrons capitalistes qui se gargarisent grassement de leur pouvoir et richesse, les indics et provocateurs infâmes du lumpen prolétariat, les forces de l'ordre implacables, etc.
Evidemment tout ceci est caricatural... mais terriblement efficace. Entre les gros plans sur ces "méchants" grimaçants, les métaphores visuelles très fortes, et le rythme qui s'emballe par moment. Jusqu'à un final d'une grande violence, où mêmes enfants ne sont guère épargnés par l'impéralisme.
Au passage, je soupçonne Coppola de s'être inspiré de la séquence brutale de la vache pour son final de "Apocalyspe Now"...