La Grève
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La Grève

Documentaire de Gabrielle Stemmer (2026)

J'ai rarement vu un film aussi hétéro-centré être projeté en clôture d'un festival de films queer.

Davantage que le film lui-même (qui m'a fait l'effet d'un clip ou d'une illustration assez peu novatrice du texte récité en voix off), c'est le texte d'Ovidie qui m'a gênée. Qu'une femme hétéra décide de faire une "grève du sexe" avec les hommes, qu'elle cesse de "perdre du temps" à se faire belle pour eux, à se conformer à leur regard, à leurs attentes, ok, je suis évidemment pour, you go girl. Mais le texte ne se limite pas à un témoignage ou un récit individuel. Il se transforme rapidement en un genre de manifeste qui tend à vouloir universaliser son expérience personnelle (par l'utilisation fréquente du pronom impersonnel : "quand on arrête le sexe, on [...]"), à en faire une proposition politique.


Mais où va-t-on politiquement avec une telle proposition ? Ce n'est pas dire que les hommes hétéros baisent mal qui va permettre de venir à bout du patriarcat. Certaines observations sont pertinentes (le parallèle entre le mariage et le sexe tarifé par exemple), mais beaucoup paraissent n'être que des formulation provocatrices qui, menées jusqu'au bout, n'aboutiraient à pas grand chose.


La violence patriarcale ne réside pas uniquement dans l'acte sexuel, or l'autrice semble présenter sa "grève" comme une manière de s'en extraire, de résoudre le problème du patriarcat. Elle semble oublier qu'une grève, ce n'est jamais une fin en soi. C'est un moyen d'exiger des droits à ceux qui nous exploitent. Ce n'est pas ce qu'elle fait ici. Le simple fait de ne pas avoir eu de relations sexuelles depuis 4 ans semble présenté comme une victoire en soi.


Le texte m'a fait un peu le même effet que celui de Pauline Harmange (Moi les hommes, je les déteste) il y a quelques années : celui d'un texte se voulant provocateur (chez Harmange par son titre, chez Ovidie par son côté trash, sa vulgarité) mais qui n'a dans le fond rien de subversif, et rien d'un manifeste cohérent pour lutter collectivement contre le patriarcat. Les deux me paraissent avoir été écrits à destination des hommes hétéros. Pour les pousser à s'améliorer, à se "déconstruire", pour leur faire ouvrir les yeux en les secouant un peu (en piquant un peu leur égo, en leur disant qu'ils ne savent pas baiser), mais pas trop non plus (Ovidie nous rappelle quand même en fin d'œuvre que attention elle "ne déteste pas les hommes", ouf !).


Je ne me souviens plus des mots exacts. Mais ils m'ont particulièrement agacé. Comment ça "je ne déteste pas les hommes en tant que groupe", mais "seulement ceux qui veulent me baiser" ? Comment ça "j'aime mon père et mon frère" ? On en est vraiment à ce niveau-là ? J'imagine qu'elle est sincère, mais c'est aberrant de lire ça dans un texte féministe contemporain (qui plus est qui se prétend radical). C'est bien en tant que groupe social que les hommes sont une menace pour les femmes, pas seulement en tant que partenaires sexuels. Et qu'on le veuille ou non, nos pères, nos frères, nos amis hommes sont eux aussi une menace potentielle (pour nous et pour les autres femmes).


Bref, je n'aurais sans doute pas été aussi agacée si je l'avais vu dans un autre contexte. Mais après dix jours de festival à voir des transpédégouines du monde entier proposer des films beaux, puissants et subversifs, je n'avais aucune envie d'écouter pendant une heure la parole suffisante d'une femme hétéra m'expliquer que la solution de tous nos problèmes se trouvait dans la fin du sexe avec les hommes (mais pas non plus dans le lesbianisme politique, faut pas déconner).

Petit_Merle
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le 13 mars 2026

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