Après avoir adoré la détester dans La Fièvre, je me faisais une vraie joie de retrouver Ana Girardot dans un rôle principal au cinéma.
Présenté comme "un thriller social haletant sur les mécanismes de la grande distribution" par Telerama, j'étais assez enthousiaste, je me suis dit, "tiens, la suite de Goliath !?"
Qu'on se le dise dès maintenant : le film souffre cruellement de la comparaison avec celui de Frédéric Tellier, et c’est surtout son scénario qui pêche.
En fait, il ne parvient jamais à embarquer le spectateur, ni dans sa dimension « documentaire », ni dans celle du sensible.
Du côté "documentaire", les pratiques de négociation commerciale qui sont le thème central du film sont finalement survolées, et les grandes thématiques que l'on pourrait en faire découler (les modèles de consommation, l'alimentation, la qualité, la santé, l'avenir de l'agriculture, bref, les sujets de société !) ne sont jamais racontés, pas même esquissées. Le film donne le sentiment de prendre le spectateur pour un novice, si bien que l’on en ressort avec l’impression de n’avoir rien appris. Là où Goliath osait traiter une partie des sujets avec profondeur.
Du côté du sensible, le contexte familial-agricole sent le téléfilm France 2. Et que dire de la romance… caricaturale, prévisible. Elle nous fait soupirer, très fort. Scénaristes français, surprenez-nous, bon sang...
Côté personnages, la protagoniste est d'ailleurs bien seule, entourée de seconds rôles superficiels, attendus, sans relief.
Pour ce qui est du rythme… Certes, le sujet est technique. Mais ici, rien ne prend. On ne vibre pas, on ne trépigne pas, on ne s’accroche jamais vraiment, on attend le twist qui n'arrive jamais vraiment.
J’avais pourtant lu que le film était bien documenté. En sortant, difficile de ne pas se demander : qu’a-t-on réellement appris ? Il y avait tant à approfondir. Certaines pistes sont d'ailleurs totalement laissées en suspens (quelles conséquences après la perquisition, la fouille du téléphone, par exemple ?).
En résumé : un film qui décevra les initiés… et endormira tout le reste des spectateurs. Un mauvais Goliath. Au mieux, un court métrage trop long.