Otto Bell, cinéaste encore très méconnu, propose ici un incroyable voyage initiatique. Pour son premier long-métrage documentaire, il nous livre pendant près d'une heure et demie des images exceptionnelles. Nous sommes également guidés par la voix de la jeune et non moins fameuse Daisy Ridley, qui s'improvise ici narratrice. A travers les montagnes de l'Altaï, nous suivons les traces d'Aisholpan, une jeune fille mongole de 13 ans qui souhaite dresser son propre aigle pour chasser. Cependant, et c'est là que le film prend tout son sens, cette pratique et cette tradition de Mongolie n'est enseignée habituellement qu'aux hommes. Le réalisateur tente donc de retranscrire le parcours peu commun de cette jeune fille, soutenue par sa famille et ses amies, mais qui doit faire ses preuves parmi ses aînés.
Le dressage d'aigles royaux se transmet de père en fils depuis plus de mille ans dans les monts Altaï. Il ne reste plus qu'une poignée de nomades kazakhs qui pratiquent encore la chasse avec l'aigle, mais aucune fille parmi eux. Plusieurs étapes vont donc êtres nécessaires à Aisholpan pour devenir une parfaite dresseuse. Tout d'abord, il s'agit de choisir l'oiseau, de le trouver et le débusquer, ce qui est loin d'être une chose facile. Ensuite, la jeune fille doit entraîner l'aigle à répondre à sa voix et sa gestuelle. C'est à ce moment là que s'engage un véritable travail d'équipe, une relation même, entre l'aigle et la dresseuse. Toutes deux, (puisque l'aigle est une femelle) elles passent par de nombreux exercices qui les mettent en confiance, en vue du festival annuel des chasseurs à l'aigle. Ce fameux festival sera une rude épreuve pour Aisholpan, qui devra alors faire preuve de ses capacités devant les chasseurs les plus conservateurs et les plus expérimentés. Malgré cela, la petite courageuse est dotée d'une force et d'une détermination inébranlables. Porter un aigle royal d'environ 8kg à son bras sur de longs kilomètres à 13 ans, cela relève de l'exploit ! La toute dernière étape n'est est pas pour le moins impressionnante, car elle consiste à réussir une prise de chasse en montagne durant l'Hiver. Les conditions météorologiques et le relief des monts de l'Altaï sont loin d'être confortables. C'est avec grande curiosité et admiration que nous observons cet unique et touchant rite de passage.
Les images sont tout simplement magiques, le réalisateur parvient à s'emparer d'une main de maître des textures et des couleurs qui garnissent les steppes. Les paysages, les ciels et les costumes sont autant de touches délicates de peinture que dans un chef-d'oeuvre de Wada Eisaku. La photographie est impeccable, et pas une seule minute durant la courte heure et demie de film n'est laissée au hasard. Le réalisateur s'est attaché à nous montrer une oeuvre audacieuse et très soignée, avec laquelle aucune seconde n'est futile ; voilà qui est agréable. Ce fut un film très difficile à réaliser, car avec peu de moyens et peu de personnes, ils ont tout de même réussi à en faire une oeuvre aboutie. Ils n'étaient pourtant qu'une équipe de 4-5 personnes sur le tournage, avec parfois des prises uniques qu'il aurait été impossible de refaire ! On pense notamment à la prise de l'aigle, ou aux épreuves du festival des chasseurs, ce qui en fait un travail remarquable. La chronologie du parcours suivi par Aisholpan a parfaitement suffit à représenter la trame scénaristique du film, de façon simple et naturelle.
Ce beau documentaire nous délivre un message plein de sensibilité et de féminisme, dans un pays qui n'a pas encore repoussé certains codes liés à la parité. La famille de notre héroïne reste en tout cas très soudée et prête à mettre son honneur en jeu. Ses parents sont particulièrement attentifs à son bien-être et à ses ambitions. Ce fut tellement admirable d'observer une telle fusion entre eux. Avec leur aide, Aisholpan va briser les anciennes cloisons de sa communauté pour rebâtir un nouvel espace de liberté. De la yourte aux steppes sauvages, un voyage tout à fait singulier, qui se partage et se contemple avec rêverie.