Sur-vendu par la presse (et par ses producteurs, comme on peut bien l'imaginer), déjà auréolé de gloire avant même que le public du monde entier ait pu le voir, "La La Land" a bien du mal à tenir des promesses aussi exagérées... qui ne sont d'ailleurs pas celles de Damien Chazelle, jeune prodige déjà responsable du magnifique "Whiplash", et qui devrait faire très attention à ne pas devenir le Michael Cimino du XXIème siècle (comme le disaient les Romains, il n'y a pas loin entre la Roche Tarpéienne et le Capitole). Alors, finalement, au sortir de 2 heures et quelques de montagnes russes, c'est quoi, "La La Land" ? La rencontre de Jaques Demy et de la Comédie Musicale hollywoodienne sur une table de mixage ? Oui, indiscutablement. La démonstration brillante qu'un "musical" coloré peut être aussi un film profondément dépressif ? Qu'on peut faire danser et chanter sans qu'ils soient ridicules (...et que le public quitte la salle...) deux acteurs qui n'ont pas trop de talent en la matière ? Qu'on peut faire swinguer tout ce petit monde sur de la musique bien convenue, voire raplapla ? Que Ryan Gosling peut même interpréter ce type haïssable que nous cherchons tous à éviter parce qu'il nous cassera à coup sûr les pieds avec son p... de jazz "classique" qu'on n'a pas du tout envie d'entendre et qu'il veut à tout prix ressusciter ? Oui, oui, oui... Chazelle aime le jazz et la comédie musicale, et il a réussi à trouver pas mal d'argent pour réaliser LA comédie musicale qui fait le pont entre hier (l'âge d'or, qui nous met les larmes aux yeux dès qu'on l'évoque) et aujourd'hui (cette existence infâme qu'on nous fait mener en nous faisant rêver de succès non seulement illusoires, mais bel et bien vains). Je dois admettre qu'il a réussi son film, malgré quelques coups de mou ça et là, et même si c'est souvent la radieuse Emma Stone qui sauve les meubles. La fin, terrible avec cette histoire possible qui n'aura pas eu lieu, nous brise littéralement le cœur, et rien que pour ça, on peut applaudir Chazelle. Alors, "La La Land" est-il pour autant le chef d’œuvre absolu annoncé, espéré, qui sauvera à lui seul l'âme d'Hollywood ? Eh bien je crains bien que non. [Critique écrite en 2017]

Créée

le 27 janv. 2017

Critique lue 581 fois

Eric-Jubilado

Écrit par

Critique lue 581 fois

19
5

D'autres avis sur La La Land

La La Land

La La Land

8

blacktide

127 critiques

Le crépuscule des rêves

Comment pouvais-je me douter que le slogan « Plus de passion, plus d’émotions » de mon interminable attente allait esquisser mon jugement quant à l’inévitable fascination prédestinée à ce rêve de...

le 8 févr. 2017

La La Land

La La Land

7

Velvetman

514 critiques

One from the Heart

C’est comme un ogre qui dévaste tout sur son passage ou un rollercoaster qui aplatit la moindre parcelle de bitume : le dernier film de Damien Chazelle, et la hype qui l’entoure, sont connus de tous...

le 21 janv. 2017

La La Land

La La Land

8

Gothic

324 critiques

Il faut sauver le sol de Ryan

Damien Chazelle ne s'est pas doré la pilule. Car la véritable performance avec son La La Land, c'est d'avoir donné le la en mettant facilement tout le monde au sol et au diapason, pour un résultat...

le 5 févr. 2017

Du même critique

Je veux juste en finir

Je veux juste en finir

9

Eric-Jubilado

6840 critiques

Scènes de la Vie Familiale

Cette chronique est basée sur ma propre interprétation du film de Charlie Kaufman, il est recommandé de ne pas la lire avant d'avoir vu le film, pour laisser à votre imagination et votre logique la...

le 15 sept. 2020

Les Misérables

Les Misérables

7

Eric-Jubilado

6840 critiques

Lâcheté et mensonges

Ce commentaire n'a pas pour ambition de juger des qualités cinématographiques du film de Ladj Ly, qui sont loin d'être négligeables : même si l'on peut tiquer devant un certain goût pour le...

le 29 nov. 2019

1917

1917

5

Eric-Jubilado

6840 critiques

Le travelling de Kapo (slight return), et autres considérations...

Il y a longtemps que les questions morales liées à la pratique de l'Art Cinématographique, chères à Bazin ou à Rivette, ont été passées par pertes et profits par l'industrie du divertissement qui...

le 15 janv. 2020